L'air du temps L'air
Textes provenant du livre de Viateur Dubé, Laisser dire. éd. V.D., 2013, 155 p., ISBN 978-2-9814077-0-2
Satires
Épigrammes
Poésies du dimanche
Satires
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L’esprit du temps
L’espace public n’est plus que lieu de marché,
Tout y est soumis à l’offre et à la demande,
Le producteur doit y trouver des débouchés.
On pèse, on soupèse, on négocie, on marchande.
À l’école, les élèves sont des clients.
On doit leur présenter des produits populaires.
Les professeurs sont en vitrine, souriants.
De leur amabilité dépend leur salaire.
Celui qui cherche un emploi doit savoir « se vendre ».
On fait une marchandise de son talent.
Sa valeur provient des gros profits qu’il engendre.
Si le marché tombe, il cesse d’être excellent.
Le politicien, dans sa quête du pouvoir,
Saura plaire à la clientèle électorale,
Présenter à l’acheteur ce qu’il aime voir,
Gagner son vote de manière commerciale.
On donne raison à qui sait bien réussir.
L’unique esprit qui vaille est l’esprit pratique.
Même le loisir, à quelque but doit servir.
Ce qui ne «sert à rien» est vain et poétique.
Le désintéressement est sans intérêt.
On ne se sent vivre que dans la concurrence.
Altruisme, beauté, harmonie, calme et paix
Ne valent pas spéculations de la finance.
La valeur se mesure en titres, en monnaie.
Seul ce qui a ce prix accède à l’existence.
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Pour des contrats, pour de l’argent,
Autour d’eux grouillaient la vermine
Et les gens qu’elle contamine.
Les contrer n’était pas urgent.
Car ils préféraient ne pas savoir
Tout occupés à leur pouvoir.
Ainsi grandit la corruption,
Se propageant comme la peste.
Fraude, chantage, concussion
Répandirent un fléau funeste.
Mais ils préféraient ne pas voir
Et se soustraire à leur devoir.
Le mal affaiblit les consciences :
Chercher profits devint moral,
La liberté devint licence,
Suivant là l`esprit libéral.
Mais on préférait ne pas voir
Et lâchement ne pas savoir.
La gangrène gagna des maires,
Fit de l’honnête homme un voleur.
C’est dans ce monde des affaires
Que changea l’ordre des valeurs.
Car on préféra ne pas voir,
Pour ne pas trop s’en émouvoir.
Le bien public devint privé.
On y chercha son avantage.
Une meute de dépravés
Se l’attribua en partage.
À la fin le peuple put voir
Ce qu’on faisait de son pouvoir.
Trop souvent la démocratie,
Aux scélérats bénéficie!
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L’homme et l’animal
(après une lecture de Montaigne)
L’homme, cette noble et divine créature,
Prétend régner seul sur tout le monde animal.
Son âme immortelle domine sur la Nature.
Le joug qu’il lui impose est tout à fait normal.
Mais cette belle condition qu’il s’attribue,
Il la doit plutôt à sa grande vanité.
Les brillantes qualités qu’il se distribue
Servent à justifier ses forfaits et cruautés.
L’animal, tout comme l’homme, a du sentiment.
Il se plaint, se réjouit; il crie et il appelle.
Il ne fait pas comme nous, il fait autrement;
Ses dons, son âme secrète nous les révèle.
Fidèle, amical, à notre mort il nous pleure.
Pense-t-il à nous, quand il rêve en son sommeil?
Qu’est-ce donc qui habite sa vie intérieure?
Ses sens élargis, nous n’avons pas leurs pareils.
Il a du nez, l’œil perçant, les oreilles fines.
Il s’en sert; son monde n’est pas un monde à part.
Avec lui nous partageons les mêmes racines.
Les bêtes nous ont appris plusieurs de nos arts.
À nous voir, elles peuvent nous estimer bêtes.
En nos dérèglements : jalousie, envie, excès,
Se montre bien la stupidité qu’on leur prête.
La nôtre est d’affirmer sur eux plus qu’on ne sait.
De beaucoup d’animaux nous envions le corps,
Sa beauté, sa force. Mais à qui ressemblons-nous?
Au pourceau pour le dedans, au singe pour le dehors.
C’est un vil dépit qui nourrit notre courroux.
La frontière tracée entre homme et animal,
Entre certains humains, et sans que l’on y pense,
Nous la reportons, pour qu’en toute bonne conscience
Nous puissions, à ces sous-hommes, faire du mal.
Cette science de perdre notre propre espèce,
De nous entretuer, les bêtes ne l’ont pas.
Par ruse et sagacité, elles nous la laissent,
De sorte qu’ainsi nous hâtions notre trépas.
Si l’homme possède bien une âme immortelle,
Celle des animaux n’est pourtant pas moins belle.
Ce n’est pas en dépréciant celle des autres
Que nous allons plus sûrement sauver la nôtre.
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Enfin seul
L’Homme, dans la folle entreprise
Où le porte son ambition,
Dans les conquêtes qui le grisent,
Ne limite pas sa passion.
Quand il aura séché la mer,
Quand les abysses seront vides,
Lui restera le goût amer
Que donnent les instincts morbides.
Quand les animaux seront morts,
Quand il aura pour compagnie
De grands robots gardes du corps,
Lui-même semblera sans vie.
Quand sur terre il sera tout seul,
L’Homme enfin sera bien tranquille :
Aucune agitation fébrile.
Il dormira dans son linceul.
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Péchés capitaux
Longtemps on nous a fait voir le monde à l’envers.
De tous les péchés, considérons les vertus,
Des fautes mortelles, regardons le revers,
Et entendons enfin ce que l’on nous a tu.
L’orgueil est un remède, un précieux vulnéraire,
Contre tout ce qui nous prêche la soumission.
Il nous fait lutter contre l’humiliation,
Il nourrit fierté et dignité salutaires.
Devant les richesses qui à sa vue s’étalent,
Le pauvre ne peut pas réprimer son désir :
L’envie, non pas d’en avoir une part égale,
Mais de jouir un peu de quelques simples plaisirs.
Devant les injustices qui nous exaspèrent,
Quelle est donc cette fureur, ce noble courroux,
Cette sublime indignation qui monte en nous?
C’est la sainte énergie que donne la colère.
Paresse, de tous les loisirs elle est la mère.
Elle sait cultiver le calme et la lenteur,
Freine la fébrilité des folles ardeurs.
Elle fleurit dans les cloîtres et les monastères.
Quand elle attache les hommes aux biens de la terre,
L’avarice est sage et prudente conseillère.
Ce que maintenant nous tenons entre nos mains
Vaut mieux que l’espoir d’un paradis pour demain.
Contre les êtres chagrins et leur vie frugale,
La saine gourmandise aime qu’on se régale.
Elle éduque le goût par toutes sortes de mets.
C’est l’esprit et non le corps qui fait le gourmet!
Et par la bonne chère qu’on met à la bouche,
On saura mieux apprécier les chairs que l’on touche.
Luxure, temple des baisers les plus lascifs,
Lieu des doux désirs et des caresses lubriques,
Des beaux élans voluptueux et impudiques,
Où les hommes cherchent des plaisirs excessifs.
De ses baumes secrets, en leur profond mystère,
Nous voulons les puissants effets que l’on espère.
Seuls les apôtres d’une chasteté austère
Voient dans ses liturgies un culte délétère.
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Carcan de la mode
Là sur ton corps formel
Tout bien drapé de modes
Ta peau gravée de codes
Aux plis artificiels
Sous les sombres velours
Sous orgues et contours
Battent veines de marbre
Blanche sève des arbres
Sous orgues de velours
Où tes mains se dérobent
Sous les sombres contours
Là respire ta robe
Trop bercée de froufrous
Esclave du bon goût
Par toutes les manières
Ton âme est prisonnière
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Qui veut faire l’ange…
(le prêtre et l’enfant)
Presque divins, ces hommes ne sont plus des hommes.
Sur leurs autels, ils vont boire le sang du dieu,
Tout fiers d’appartenir à l’Église de Rome.
Aux appels du bel Eros ils ont dit adieu.
Mais, dans la moite nuit, les humeurs s’échauffant,
Ils se glissent dans le lit des petits enfants.
À la face du monde, ils prêchent la vertu;
De tout élan charnel, ils craignent la souillure.
Dans la lutte acharnée aux désirs trop têtus,
Ils promettent l’enfer pour prix de la luxure.
Mais pour cette sainte éducation qui commence,
À la jeunesse en fleur ils jettent leur semence.
Ces dévôts à la vierge renoncent à la femme.
Purs, ils se font un idéal du célibat,
Adressent de belles prières à Notre-Dame.
C’est pour leur Mère dans le ciel que leur cœur bat.
Mais s’ils répudient les voluptés de l’hymen,
À leurs penchants pour les bambins ils disent amen.
Ce qui délire en leur âme est criminel.
Puceaux adorant la céleste Créature,
Ils s’offrent une chair bien humaine en pâture,
Et prétendent aspirer à l’amour éternel.
Mais leurs infâmes caresses sèment l’effroi
Et laissent des enfants pleurer de désarroi.
Leur religion pardonne si facilement
Que chaque faute attend son recommencement.
Mais leur dieu, qui efface les péchés du monde,
Ne peut pas effacer tous ces crimes immondes.
La blessure sera toujours là comme un stigmate,
Malgré tous les pater de leur pape automate.
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Travail bâclé
S’il est vrai que l’oeuvre renvoie à l’artisan,
Dès l’origine, l’homme ne fut qu’une ébauche.
Son bon Créateur apprit à faire en faisant.
Il constata bientôt combien il était gauche.
Aussi, ce que le grand Bricoleur a raté,
L’homme doit-il sans cesse revoir et refaire.
Retouchant au mieux sa nature frelatée,
Il remédie à ses faiblesses séculaires.
Le voilà donc ce beau et saint temple de l’âme!
À la merci des microbes et des vibrions,
Des toxines et des virus, des cancers infâmes.
Quel support pour l’esprit et ses nobles actions!
Non! ce n’est pas cet ouvrage défectueux
Qui mérite l’admiration et les louanges,
Mais bien l’élan de visionnaires impétueux
Qui scrutent la nature de l’homme et la changent.
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Travail des enfants
Tous ces beaux petits doigts
Travaillent pour les rois.
Ces armées d’indigents
Leur gagnent de l’argent.
Tous ces voleurs d’enfance
Qui dictent la cadence
N’aiment pas nos garçons
Cloués dans leurs prisons.
Ils n’aiment pas nos filles
Mais l’or et ce qui brille.
Ces voleurs d’avenir,
Comme pour les punir,
Les sortent de l’école.
Leur âme s’étiole
Dans les froides usines
Que leurs mères abominent.
Dans les grands magasins,
De crêpes et de satins,
S’étale avec éclat
Leur travail de forçats.
Ce que les riches achètent
C’est leurs larmes secrètes.
Notre bel univers,
Pour eux est un enfer.
En paix dans un coma,
Nous ne les voyons pas.
Pourtant c’est leur labeur
Qui fait notre bonheur.
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Tromperies
Devant scandales et corruption,
Le peuple proteste et s’indigne.
Il ne veut pas qu’on se résigne
Face au crime, à la prédation.
Mais dans le secret de leur cœur,
Les gens aiment les matamores,
Les aventuriers, les vainqueurs,
Tous ces délinquants qu’on honore.
Le cinéma prend leurs forfaits,
En fait des exploits héroïques.
Malgré brigandages et méfaits,
Ce sont héros très sympathiques.
On admire les fins matois,
L’art des manœuvres dolosives,
Les tricheurs qui laissent pantois.
Les petits malins nous captivent.
C’est par un étrange mystère
Que la sagesse populaire
Confie souvent ses intérêts
Au charmeur qui très bien paraît.
Ce peuple votera encore,
Élisant les mêmes vautours.
Car étourdiment il adore
Les beaux parleurs et leurs atours.
Ceux-là même qui l’embobinent,
Complices de ces profiteurs
Dont la loi règle les combines,
Il en fait des législateurs.
Quand par de trop belles promesses
Il se voit trompé et berné,
Il n’y voit pas, esprit borné,
L’effet de ses propres faiblesses.
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Le noble sport
En ces années où les natures affaiblies
Ont besoin de potions, drogues et stimulants,
Elles aiment satisfaire leurs ardentes folies
Aux spectacles dignes de la Rome d’antan.
On voit dans les colisées, stades et arènes,
La foule délirante applaudissant les coups
Que le gladiateur violemment assène,
Cassant les os, taillant les chairs, brisant le cou;
Pendant qu’aplatis devant la télévision,
Ceux qui aiment regarder et ne peuvent faire
Clament ensembe leurs nombreuses frustrations,
Criant, hurlant, braves buveurs calant leurs bières.
Le noble sport, grande école de loyauté,
Devient lutte sans merci. Le hockey sur glace
Perd sa grâce, sa finesse et sa beauté.
Tous les coups sont permis quand la règle s’efface.
Nos enfants se forment à cette pédagogie,
Voient leurs pères contents de leur brutalité.
Les rites de cette nouvelle liturgie
Ramènent les hommes à leur animalité.
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Dieux stériles
Notre Dieu le Père, une seule fois fut fertile;
Un seul fils ce Dieu engendra, un seul petit.
Et ce digne Fils fut divinement stérile.
Pour la procréation, en Lui nul appétit.
Il est dommage que ces divines personnes
Se refusent à l’amour de la génération.
Pas d’union, pas de fusion que la joie couronne.
Leur divine espèce n’en a pas la tentation.
Leur suprême puissance, rendue sans effet,
Renonce à répandre ses grâces souveraines.
Sinon, à l’image du Dieu bon et parfait,
De divins enfants notre Terre serait pleine!
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Stratégie animale
Pour évoluer en toute sécurité,
L’antilope se méfie de ses prédateurs.
Son instinct assuré, fiable indicateur,
Lui dit que le guépard, en sa noble bonté,
Réserve la mort à la bête sans méfiance.
Aussi se garde-t-elle de trop d’assurance.
Et c’est à une très raisonnable distance
Qu’elle tient fauves gourmands en mal de pitance.
Mais nous, avec nos instincts minés et sans vertu,
Nous sommes sans défense contre ce qui nous tue.
Nous applaudissons à ceux de toutes cultures
Qui s’attaquent à nos principes et les défigurent.
Nos bonnes âmes, nourries aux bontés chrétiennes,
Ont perdu le jugement sûr de la nature.
Elles accueillent les préventions les plus anciennes
Et donnent crédit à tout ce qui nous injure.
La sainte tolérance, stupide mollesse,
Prescrit que sans cesse on accepte et qu’on endure
Les insultes au Droit et tous ces coups qui nous blessent,
Au lieu de dénoncer crimes et forfaitures.
Nos instincts atrophiés, désormais sans vertu,
Nous livrent sans défense à tout ce qui nous tue.
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Kamikazes
Ils s’enthousiasment à mourir en donnant la mort.
Leurs ventres éclatés éclaboussent leurs victimes,
Les entrailles déchiquetées sortent des corps.
C’est ainsi que leur zèle religieux s’exprime.
De vils prêcheurs, dont le Dieu jaloux est très grand,
D’une haine sans borne distillent le fiel,
Et les envoient faire carnage d’innocents.
Ces êtres sacrifiés leur sont le prix du ciel.
Un instant de vie contre un éternel bonheur!
Voilà l’immense profit de ce saint commerce.
Le sang est une monnaie pour les massacreurs :
Elle s’accumule au gré des chairs qu’ils transpercent.
Si on Lui garantit un service exclusif,
Le Dieu bon apprécie ces élans excessifs.
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Fin inattendue
Le ciel s’embrouille et les gaz nous tiennent la gorge.
Le soleil luit dans la nuit noire des démons,
Pâle sous les vapeurs qui tachent les poumons.
L’ardent Vulcain sans cesse revient à ses forges.
La Terre s’émeut sous les pilons qui l’agressent.
Les basses plaines ne peuvent plus surnager,
Monstres et Furies la livrent à de nouveaux dangers.
Ses chairs se déchirent sous les dents des ogresses.
Mais il est un mal plus grand que l’effet de serre;
Les hommes de l’avenir ne l’attendaient pas.
Un mal qui empoigne l’esprit et qui l’enserre.
Un lent empoisonnement causa leur trépas.
Partout dans les rues, des enthousiastes en délire
Brandirent des livres sacrés, des étendards.
Tous loyaux et fidèles au dieu qui les inspire,
Ils se mirent à la guerre, comme des soudards.
Des armes sales en firent un combat planétaire;
Aucun de leurs dieux ne vint sauver les sectaires.
Tout fut brûlé, rendu au monde élémentaire,
Comme un gros dégât d’enfant, bien involontaire!
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Prêts à tout
(pour de l’argent)
Prêts aux luttes, aux combats, à la guerre,
Pour pouvoir vendre leur marchandise,
Pour la liberté de l’entreprise.
Ô souveraine loi des affaires!
Prêts à renier leur humanité,
Personne n’est désormais mon frère.
C’est le capital que l’on vénère,
L’or, idole pour leur piété!
Prêts à faire peiner les enfants,
Toujours on augmente la cadence,
Pour les fonds des rois de la finance,
Parasites, fourbes et fainéants!
Prêts à briser l’ardeur juvénile
Dans les usines du désespoir :
Jeunesse qu’on monte à l’abattoir,
Sacrifiée aux monstres mercantiles!
Prêts à empoisonner la planète :
Fortunes trônant sur les déchets,
Traînant la mort et ses noirs gibets.
Voici nos maîtres que rien n’arrête!
Les hommes, pris dans cette entreprise sans fin
D’accumulation d’un trésor croissant sans cesse,
Dévorant un plat qui n’apaise pas la faim,
Seraient-ils les jouets d’un démon qu’ils engraissent?
Prisonniers reclus dans une sorte d’enfer,
Un esprit malin leur a dressé le couvert.
Un appétit sans borne nourrit leur cancer,
Les festins voient la tumeur consommer leur chair.
Oui, un esprit malin a dressé le couvert!
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Finance et justice divine
Un monde éternel l’homme naguère inventa,
Un monde où règne une justice divine.
Elle punit criminels, menteurs, potentats
Echappant à cette humaine loi qu’ils piétinent.
Le pauvre malheureux, négligé ici-bas,
Y trouve enfin tout le bonheur qu’il imagine.
Quant à l’escroc qui sans vergogne s’exhiba,
Il est puni pour ses forfaits et ses rapines.
Qu’en sera-t-il de nos banquiers spéculateurs?
Ils ne partagent sans doute pas ces croyances,
Ne craignent pas le divin Administrateur,
Ni le furieux courroux de sa toute-puissance.
Aussi se moquent-ils de tous nos grands émois.
Fiers malfaiteurs, ils n’obéissent qu’à leurs lois.
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Prêt-à-penser
Ils ont des idées comme on a des vêtements.
Ils adoptent celles des dernières tendances,
Ils en changent au caprice des engouements.
Quand ils parlent, il n’est pas nécessaire qu’ils pensent.
Ils aiment tout ce qui est nouveau et moderne,
Inventent des clichés qu’ils diffusent autour d’eux,
Et devant les derniers oracles se prosternent.
La mode se répand par effet contagieux.
Ils prêtent bonne oreille à des propos fumeux,
Acceptent de croire ce qui est incroyable,
Prennent pour modèles les gens riches et fameux,
Et mettent au goût du jour leur esprit malléable.
Parfois, quelle ironie! leur apparaît nouvelle,
Une manière qui vient de temps très anciens.
D’abord consacrée dans quelque auguste chapelle,
Elle deviendra norme du beau et du bien.
Bientôt, elle ne sera plus du dernier chic.
On la remplacera par une autre, inédite,
Et on n’osera pas la défendre en public.
Ainsi vont et viennent les modes qui s’effritent.
Le prêt-à-penser, qui hier était prescrit,
Maintenant qu’il date, désormais est proscrit.
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Le corps entravé
(hommage à Antiphon, philosophe grec)
Le corps humain vit sous de multiples contraintes,
Mais les habitudes nous les font oublier.
À diverses règles ses manières sont astreintes.
Par diverses lois on a voulu le brider.
On a légiféré sur la langue et sur la bouche.
Elles doivent se contrôler et se contenir.
De même pour l’esprit et tout ce qui le touche;
De certaines pensées il faut donc s’abstenir.
Et les yeux, ce qu’ils peuvent ou non apercevoir;
Les mains, et ce qu’elles ne doivent pas faire.
En lieux proscrits, les pieds ne peuvent se mouvoir,
Plusieurs limites leur constituent des frontières.
De tous les hommes, on exige la soumission.
Aux rebelles qui refusent la censure,
On oppose un pouvoir d’État et ses raisons,
Ou une religion qui combat la luxure.
L’oreille aussi connaît entraves et interdits,
Privée d’entendre des vérités que l’on dit.
Aux papilles, des aliments sont prohibés,
Aux carcans des rituels, le goût doit plier.
D’autres obligations commandent les cheveux,
Quant à leur géométrie, aussi à leur taille.
De même pour la barbe, signe religieux,
Principes et pratiques on applique sans faille.
De la femme, soumise aux mâles traditions,
On exige qu’elle voile sa chevelure,
Cache son visage, sous peine de sanctions,
Son corps entier comme enfermé dans une armure.
Ne parlons pas du sexe et de ses camisoles.
Pour pouvoir le porter et savoir le mettre,
Il faut bien sûr qu’en secrets endroits on s’isole,
Pour qu’en les saints couloirs acceptés il pénètre.
Dans beaucoup de pays aux coutumes arriérées,
On nie toute existence au sexe féminin.
Avant la nuit de noce, on s’exerce à la main,
On défend toute caresse prématurée.
Avec nos corsets, nos mors, nos jougs, nos œillères,
Nous fabriquons nous-mêmes nos infirmités.
Nous dressons obstacles, palissades et barrières,
Fermant ainsi les chemins de la liberté.
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Nos villages
Pourquoi donc ces nombreux villages qu’on saccage?
Souvent on nous fait voir, sur d’anciennes photos,
Des maisons qui font entre elles de beaux mariages.
Leur grâce simple donne une âme aux hameaux.
On les a remplacées par d’étranges structures,
Sans respect pour l’harmonie des architectures.
Chacun faisant à son goût, selon sa nature,
C’est l’ensemble de l’endroit que l’on défigure.
De belles demeures se retrouvent bien seules.
Matériaux, couleurs, formes heurtent le regard,
Bâtisses sans style bordant nobles aïeules.
Tout semble avoir été jeté là au hasard.
La banque et la poste sont deux cubes blancs.
Commerces rénovés de façon malheureuse,
Le nouveau s’ajoute à l’ancien sans aucun plan,
En plusieurs lieux, de jolies rues deviennent hideuses.
C’est une tristesse d’avoir vu s’affaisser
Une culture qui savait ordonner les choses.
Son art, ses manières, ne sont pas dépassés
Et pourraient guérir ces tissus qui se nécrosent.
Comme des verrues qui leur mangent le visage,
Des maisons incongrues déparent nos villages.
Devant toute cette laideur qui nous déprime,
Comment secourir une beauté qui s’abîme?
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Concorde et discorde
Naturellement, les hommes sont accueillants.
On les trouve gentils, ouverts et bienveillants.
Le voyageur constate cette aménité,
Bien reçu, avec sourire et curiosité.
Le sentiment spontané veut que l’on s’accorde.
Partout on cherche l’amitié et la concorde.
Par-dessus les frontières, on est concitoyens,
Menant même et pareille vie au quotidien.
Mais hélas! les mœurs dressent des séparations,
Tout comme les politiques et les religions.
Contre les amitiés, de hauts remparts s’élèvent.
Les groupes se referment et brandissent le glaive.
Nous sommes de même sang et de même naissance.
Notre fraternité se perd par l’ignorance
Et d’aveugles asservissements à des croyances :
Celles qui font de tous des rivaux et concurrents,
Ou encore ennemis parce que mécréants.
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Épigrammes
Quand c’est seulement
le droit qui vous donne raison, c’est que vous n’avez pas beaucoup de
raisons.
Le paradis, ce n’est pas un vrai lieu pour les morts, c’est une fiction
pour les vivants.
La France est un pays diversement occupé.
À force de croire aux divinités, on perd son humanité.
Vous êtes ballottés par le présent? La culture seule permet de s’ancrer
dans le temps.
Un poète, c’est quelqu’un qui a souvent mal avant les autres.
À voir tous ces charognards qui s’acharnent sur nous, il faut croire que
nous sommes morts…ou du moins agonisants!
La sincérité ne doit pas empêcher la lucidité.
On nous sert la beauté en tranches…avec pauses publicitaires.
En Afghanie, Pakistanie, Arabienie, et ailleurs aussi, c’est là que
sévit l’islamanie.
Une éternité de douleurs…qui donc peut mériter cela?
Après avoir vécu 3000 ans, il décida de mettre fin à ses jours!
Souvent, nous donnons nous-mêmes de la force aux mains qui nous
étranglent.
Problème : La matraque d’un policier (matricule 728 par exemple) pesant
4 kg s’abat sur le crâne d’un manifestant avec une vitesse de 10m/s.
L’entaille est profonde de 2cm. Calculer la force de résistance opposée
par le crâne. Réponse : 10 000 newtons.
Leur Dieu unique, comme ils le mettent partout, on peut dire que,
finalement, ils sont polythéistes!
Les Américaines…elles ont souvent le chic qui choque!
Peut-on dire que les assassins manquent de savoir-vivre?
Des pantins criminels
Ont fermé Mirabel.
Dorval s’appelle Trudeau,
On rigole dans notre dos.
La démocratie! Le meilleur moyen qu’a trouvé une oligarchie pour asseoir
son règne.
Il y a des mâles masculins et des mâles féminins. Voilà tout.
Quand on n’est pas capable de se situer dans le temps et dans l’espace,
c’est qu’on est perdu. Voilà pourquoi l’Histoire et la Géographie sont
des matières essentielles qu’on n’enseigne pour ainsi dire plus.
Non! Je n’appartiens pas à ce monde immonde où tout ce qui compte est ce
qui se compte.
Ce désert est tellement stérile qu’il va un jour disparaître… en
s’avalant lui-même.
Je lis dans mon lit…sa peau est un parchemin.
Ceux de la génération 1970 :
Ils n’acceptent plus de modèles,
Le monde est apparu avec eux,
Il disparaîtra sans doute après eux.
Avec Québec solidaire.
Il n’y a pas besoin de faire,
Il n’y a qu’à dire.
Pour ainsi dire.
Québec solidaire ou le sirop des bons sentiments.
Nos nouveaux curés : la gauche bon chic bon genre du Plateau.
La femme qui se voile devient invisible, à plus d’un titre.
Dans notre système d’éducation, on prend les enfants pour des imbéciles.
À force de le penser et d’agir en conséquence, on finit par avoir
raison.
Progrès : Qui eût pu croire que le progrès consisterait à donner des
diplômes à des ignorants qui en donneraient à d’autres qui en
donneraient à d’autres, etc.
Ces hommes, dont la totalité de la force est diminuée par celle qu’ils
dénient à leur femme.
On rencontre de plus en plus souvent des enfants mal élevés par des
parents eux-mêmes mal élevés. Jusqu’où ira-t-on?
Dans beaucoup d’endroits, si la musique est si forte, c’est qu’on ne
veut pas que les personnes se parlent. Une façon de les réduire au
silence, en somme.
À force de tonner et de s’emporter du haut de leurs chaires, les
prêcheurs arrivent à se convaincre eux-mêmes. Comme si l’agitation
corporelle finissait par emporter l’adhésion de l’esprit.
Une légende dit que Satan envoie sur terre ses excréments : or, argent,
bijoux, etc. Cela nous ouvre les yeux et nous amène à voir certaines
personnes autrement…
On ne croyait pas possible que le plus grand protecteur de la Loi, la
Cour suprême, pût légitimer le vol. Et pourtant… voir la Caisse
d’assurance emploi; le gouvernement peut désormais continuer à se servir
dans ses coffres en toute légalité et impunité. La Cour dixit.
Obsédé sexuel : Celui qui, par exemple, fait porter le voile aux jeunes
filles de deux ans pour leur éviter des harcèlements sexuels. (Oui, ça
existe!)
Les athlètes qui, avant de s’affronter, invoquent Dieu dans leurs
prières, mettent Celui-ci dans un grand embarras.
Dans le sport, on veut que les bons deviennent meilleurs. À l’école,
c’est presque le contraire!
Dieu fait ce que bon lui semble. Nous, nous faisons Dieu qui bon nous
semble. Et nous faisons de Dieu quoi bon
nous semble.
Il nous faudrait un nouvel Hercule pour nettoyer les écuries de la
Corruption organisée.
Quand on baptise nos rues des noms de personnages connus, si on ne peut
se passer d’y coller aussi leurs prénoms, c’est qu’ils ne sont pas assez
connus!
L’information codée qu’on trouve dans les «gènes culturels» des
fanatiques religieux est tirée directement des textes sacrés. Il ne
s’agit donc pas du tout de mutation, c’est-à-dire d’erreur dans la
transmission de cette information… comme certains aimeraient le faire
croire.
Quand on est musulman, on n’a pas le droit d’apostasier. D’un certain
point de vue, cela peut se comprendre…
Quand ils n’auront plus les raffineries du pétrole que leur donne la
nature, les Arabes devront compter sur les raffinements de leur culture.
Attendons voir.
Ils ont la culture du pauvre… ils cultivent les pauvres. La récolte est
bonne.
Nouvelle solidarité : je prends et tu donnes!
Musique contemporaine : l’art de faire moins avec moins!
Bizarre : En droit pénal canadien, les jurés peuvent vous condamner si
vous êtes coupable «hors de tout doute raisonnable». En droit pénal
français, il suffit qu’on ait «l’intime conviction» que vous l’êtes. Il
est très paradoxal qu’au pays de Descartes, qui dit qu’on ne doit
accepter pour vrai que ce qui résiste au doute méthodique exercé par la
raison, on adopte comme critère de jugement ce qui en est l’exact
opposé. Évitons donc de commettre en France des délits qui nous
mettraient à la merci de «l’intime conviction».
Handicap : nouvelle normalité!
Bonnes âmes :
Elles suintent de bonté
Elles exsudent la mansuétude
Elles transpirent de générosité
Elles suent la charité
Elles débordent de pitié
Elles aiment la misère, elle leur est nécessaire… Elles en vivent!
Maladies mentales : Plus la psychologie et la psychiatrie progressent,
plus il y en a. Il est donc de plus en plus difficile de garder sa
raison.
France : République française, pays où l’anglais est roi.
Politique du pire.
La droite a surtout des intérêts, la gauche des idées. C’est pourquoi la
droite arrive à s’unir pour gouverner. La gauche, elle, palabre et
pinaille sur détails et nuances qui la séparent du centre-gauche ou qui
la divisent elle-même en factions, laissant le pouvoir à ceux qui y
trouvent l’intérêt qu’ils y mettent. La gauche, ou l’art de se tirer
dans le pied, comme on dit. Ou, pour reprendre deux titres de Paul
Watzlawick : «Comment réussir à échouer» et «Faites vous-même votre
malheur».
Les hommes qui croient en Dieu seront aussi déçus que les animaux qui
croient en l’Homme.
Si j’étais baleine, je souhaiterais qu’on harponne quelques Japonais
bien gras (des sumos par exemple) , tout cela pour la recherche
scientifique bien sûr.
Qu’ont-ils donc fait de si bien
Qu’ils refusent ce qui vient.
Autrefois, le Cyclope se nourrissait de chair humaine, comme le fait
aujourd’hui la Machine industrielle.
Les traditions, qui remontent à la nuit des temps passés, constituent
très souvent la nuit du temps présent.
Hier, les païens honoraient partout Jupiter, un dieu carnivore qui se
plaisait aux sacrifices animaux. Aujourd’hui, en certains lieux, on
honore un Dieu anthropophage qui se plaît aux sacrifices humains.
Question grave :
Un homme cloné aura-t-il, comme son modèle, une âme immortelle? Si oui,
quand donc apparaîtra-t-elle dans le laboratoire? Et sera-t-elle l’objet
d’un contrôle de qualité?
Coquilles : Il faut se méfier des transcripteurs automatiques de la
parole qu’on voit à la télé. Ainsi, « les chrétiens d’Afrique »
deviennent «les crétins d’Afrique» (TV5 le 10-5-10), ou encore ce pauvre
La Boétie qui devient La Béotie!
Les hommes sont mortels et, sauf certains génies, ils ne méritent guère
mieux!
Comme une madone
Elle se donne
Mille fois vierge
Devant mille cierges.
Théologie : à classer parmi les disciplines dont l’objet d’étude
n’existe pas.
Art : quand on n’est pas capable d’égaler les meilleurs, on s’invente un
domaine où on sera le meilleur.
Le Québec, c’est…Donalda!
Le bon français :
Si je vous ai pas répond,
C’est parce que je vous ai pas entend.
Mais si j’ai ben suit ce que vous disez,
Vous voulez pas que les enfants jousent icite.
C’est de valeur, parce qu’ils sontaient très contents.
Faisez pas attention à eux!
Les mots perdent leur sens ; exemple : «sciences religieuses». Science
et religion (comme savoir et croire) sont aux antipodes. Il n’y a pas de
science qui soit religieuse ou de religion qui soit objet de science. Au
mieux, elle est objet d’étude.
Les misérables humains : non contents de leur rendre la vie impossible,
on leur interdit de se suicider.
Mannequins : porte-manteaux anorexiques qui ont désappris à marcher.
Le subjonctif se perd… la langue s’aplatit.
Dans la rubrique «c’est pas ce que je voulais dire». Phrase entendue à
la radio : «Le thé qu’on entend parler maintenant….». Voilà donc le thé
qui parle, c’est fabuleux.
Suicide : le seul péché qu’on ne peut refaire.
Vus de dos, la plupart des gens sont beaux… et tout à fait moraux!
Capitalisme financier : banditisme légalisé.
Charte des droits de la personne : Pour l’Islam, cheval de Troie qui
permet d’investir l’enceinte des libertés démocratiques pour mieux en
fragiliser les murs.
Homme : parmi les bêtes, c’est le suprême carnassier.
Dopage dans le sport : On a beau être presque sûr de gagner, il vaut
mieux être tout à fait sûr de ne pas perdre.
Position inconfortable : on admire les westerns, mais pas l’état
d’esprit et la culture qui les accompagnent.
Dans plusieurs entreprises du Tiers-Monde, les enfants sont, pour ainsi
dire, de jeunes animaux intelligents.
Quand l’air est très pollué, il est fortement recommandé de ne pas
respirer.
Dieu exagère: Lors des inondations catastrophiques de juin 2013 à
Lourdes, l’eau miraculeuse s’est trouvée polluée, au grand désarroi de
pèlerins incrédules.
Des gens de gauche, qu’on appelle la go-gauche :
Leurs sermons
Ont le ton
Des curetons
Qui avaient toujours raison.
Ils ont pris pour habitude
De nager dans les certitudes.
Ils vous font la morale
Par lettres pastorales.
Du marxisme-léninisme
Ils ont encore le catéchisme,
Les lieux communs, les clichés,
La pensée formatée.
On a déjà entendu ce genre d’homélies,
Ces espèces de litanies,
Aussi…on se méfie!
Hommage à Proudhon:
Nous sommes tellement gouvernés, gardés, épiés, pointés, contrôlés,
enregistrés, surveillés, inspectés, dirigés, réglementés, enrégimentés,
classés, encadrés, censurés, commandés, quadrillés, endoctrinés,
prêchés, empêchés, corrigés, interpelés, apostrophés, admonestés,
administrés, régentés, exploités, pressurés, ponctionnés, volés, vexés,
roulés, trompés et bernés par toutes sortes d’autorités, de pouvoirs, de
puissances et d’empires qui produisent des ordres, consignes, préceptes,
prescriptions, principes, instructions, ordonnances, dispositions,
directives, régies, arrêts, bulles, décrets, mesures, interdits, normes,
lois, règles, intimations, obligations, proclamations, commandements,
règlements, codes, édits, statuts, formulaires, cadres, chartes, et
sanctions, que finalement il vaudrait mieux ne pas exister; cela serait
plus simple pour tout le monde!
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Poésies du dimanche
• Vie
• Souvenir
• Mondes
• Conquête
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Complainte
Non! tu ne m’aimes pas
Tu m’as prise de force
Ce n’est pas là ma noce
Non! tu ne m’aimes pas
Mon père m’a vendue
Je vis mon désespoir
Comme morte pendue
Je traîne dans le noir
Non! tu ne m’aimes pas
Tu me bats et m’enfermes
Je dois suivre tes pas
Et ma bouche se ferme
Je subis tes étreintes
Car je ne t’aime pas
Mon âme s’est éteinte
Lorsque tu m’épousas
J’erre dans la maison
Triste désespérance
Murée dans ta prison
Loin de ma libre enfance
Qu’au moins je sois stérile
Mon ventre dise : non!
Que tes ardeurs viriles
Ne laissent pas de nom!
__________
Le printemps
(chanson)
En ce matin où l’air est doux,
Le printemps chante dans tes yeux.
Il s’attarde tout près de nous.
Ce printemps-là, c’est pour nous deux!
Avons-nous dormi tout l’hiver?
Qu’y a-t-il de plus beau qu’hier?
C’est le soleil qui prend son temps
Et meurt un peu plus lentement.
Pourtant tout était engourdi.
Et puis voilà que tout frémit.
La terre vibre sous la lumière.
Des étoiles dansent dans l’air.
Les oiseaux sont à leur plaisir.
Le printemps les fait revenir.
Dans les haies partout ils bâtissent
Des nids d’amour où ils se glissent.
La terre et l’eau font connaissance.
Elle gémit sous ses caresses.
Et on assiste à sa renaissance.
Elle sort enfin de sa paresse.
L’âme des arbres se réveille.
Elle s’agite sous l’écorce.
Le désir des hommes est pareil.
Voilà qu’il retrouve sa force.
Les rues se couvrent de rumeurs.
Les passants jasent, de bonne humeur.
Les fenêtres longtemps fermées,
S’ouvrent aux odeurs qu’elles ont aimées.
Même les maisons se souviennent!
Voilà qu’enfin elles se dégèlent.
Autour d’elles, des Vieux se promènent,
Leurs têtes blanches font dentelles.
Qu’y a-t-il donc là-bas dehors
Qui nous attire et qui nous sort?
Qu’est-ce donc que cette chaleur
Qui nous fait tous batifoleurs?
Et ces frissons qui nous parcourent,
Comme un appel, comme une promesse,
Tout nous entraîne à ces détours,
Où nous flânons, pleins de jeunesse!
Avons-nous dormi tout l’hiver,
Qu’y a-t-il de plus beau qu’hier?
C’est le soleil qui lentement
Nous dit de prendre notre temps.
__________
Vie
Tu tombes
Coeur
Comme une étoile dans la neige
Tu tombes
Corps
Comme un trou dans la pierre
Tu te relèves
Grêle
Comme une ombre en plein ciel
Tu te dresses
Fier
Comme une flamme au soleil
__________
Ce qui nous manque
Un tiède bonheur nous habite,
Tout semble peint en noir et gris.
Un détail, un rien nous irrite.
C’est sans joie que souvent l’on rit.
Dans la grisaille où l’on s’excite,
Le goût amer d’un lourd souci,
Une peine qui n’est pas dite,
Taraudent nos cœurs insoumis.
Les sornettes qu’on nous débite,
Pour cacher ce qu’on nous a pris,
Nous rendent tristes et nous dépitent.
Ce qu’on cherche n’a pas de prix.
La liberté que l’on évite,
Dans nos horizons rétrécis,
À bien d’autres pourtant profite,
Et au monde qu’ils ont choisi.
Quand le ciel est bas et morose,
Le fleuve, sombre et grandiose,
Gravement nous dit son ennui
À ainsi porter le pays.
__________
Nos mères
Où vont, de bon matin, ces mères endimanchées?
Ces femmes qu’un dur labeur lie à la maison?
Elles vont au confesseur dire leurs péchés,
Pour encore et encore en demander le pardon.
Un bien jeune prêtre règne sur leur conscience,
Et leur dit qu’au mari il faut donner plaisir,
Au bon Dieu des âmes qui l’aiment et l’encensent,
Ne pas tourner le dos à l’homme, à ses désirs.
Pour qu’elles cèdent aux devoirs et obligations,
Avec un corps usé, la santé qui vacille,
Il leur refusera la sainte absolution,
Si elles se refusent à grossir la famille.
Malgré la fatigue, les nombreuses grossesses,
Elles vont, révoltées, soumises, en désarroi,
Retrouver le foyer, cause de leur détresse,
Ce foyer qu’elles aiment et détestent à la fois.
Prêtes à perdre la foi, des larmes plein le cœur,
Plusieurs drames, dans leur vie répandent la guerre.
Puis, elles se résignent à trouver du bonheur
Dans tout ce malheur qu’elles finissent par taire.
À peine mariées, leur jeunesse se perdit.
Le pouvoir des curés et de leurs interdits,
Cruels sermons semant dans l’esprit la misère,
Fit, despotiquement, la douleur de nos mères.
__________
Couleurs du monde
Couleurs! Couleurs!
Luxe de la nature
Couleurs! Couleurs!
Trésors de la culture!
Le cœur, le sang, le Rouge.
Crête fière du coq.
Colère, feu qui bouge.
Honte, secret qui choque.
La paille, l’or, le Jaune.
Calme plat du soleil.
Œil du traître qui veille.
Lâches cherchant l’aumône.
Neige habillée de Blanc.
Vierge pure qui glace.
Maladie qui menace.
Rage des océans.
Ciel profond, Bleu et froid.
Immense peur, émoi.
Frayeur figée, effroi.
Terreur au sang des rois.
Gris, écorce du hêtre.
Peuple maussade et morne.
Triste comme on peut l’être.
Saoul, d’ivresse sans borne.
Vigueur du vieillard Vert.
Fruits qui n’ont pas mûri.
Douces grivoiseries.
Langue qui nous libère.
Dépression des sens, Noir.
Ô lumière qui meurt!
Trou, tombeau des mineurs
Qu’on mène à l’abattoir.
__________
Héros mythiques
Grand Titan révolté contre le roi des dieux,
Pour donner aux humains remède à leur faiblesse,
Hardi, tu dérobas la puissance du feu.
Hélas! tu fus puni pour ta noble prouesse.
Cloué à ta montagne, avec ton foie qui saigne,
Enchaîné et châtié par ce maître jaloux,
Tu connais le secret mettant fin à son règne,
Le moment où les hommes enfin vivront debout.
Et toi, ange déchu, objet de calomnies,
N’es-tu pas, toi aussi, un héros bienfaiteur?
Contre un très puissant dieu, contre sa tyrannie,
Porteur de lumière, grand revendicateur,
Tout comme Prométhée, esprit rebelle et fier,
Tu osas te dresser, ô noble Lucifer!
_______________
La vie de l’arbre
Chaque fibre, chaque nervure
Courant sous l’écorce rugueuse
Affleure comme une gerçure,
Exprime son âme ligneuse.
Ces torsions et ces noirs chaos,
Blessures infligées à sa peau,
Ne sont que des nœuds végétaux,
Dessous enfouis en anneaux.
Ils apparaissent au dehors
Surgissant dans de faux décors,
Alors que là-bas tout au fond,
Dans le plus secret des horizons,
Sous la lumière du moment,
Gît l’axe immobile du Temps.
Malgré les vents, malgré les feux,
Et ce qui bouge sous nos yeux,
La tempête jamais n’atteint
Le cœur de l`être souverain.
Là se rencontrent la prairie et la forêt.
Et on ne distingue pas l’avant et l’après.
Ainsi cet arbre qui se transforme et qui meurt
Plutôt ne fait qu’enfoncer ses racines ailleurs.
__________
Souvenir
Dans l’odorante cuisine de mon enfance,
Soufflaient les arômes d’agréables fumets.
Le feu de bois nous couvrait tous de sa puissance.
La nuit venue, doucement il se consumait.
Dehors, une neige blanche éclairait le soir.
Devant nous, des plats fumants ornaient les deux tables
Et invitaient parents, frères et sœurs à s’asseoir.
Nous éprouvions alors une joie véritable.
Le souvenir de ce temps ne s’est pas perdu.
Les jours de nostalgie, il meuble ma mémoire.
Qu’est devenu mon père, au zèle méritoire?
Lui qui domptait le feu, sous terre est étendu.
Et ma mère, qui fut l’âme de la maison?
Son souffle s’est figé dans la froide saison.
__________
Couleurs de Schubert
Une paupière humide qui vibre au soleil
Une larme qui perle, la douleur s’endort
Vibrant sanglot pluie de sel dans un bel œil d’or
Blanche et triste mélopée, douleur en éveil
Déchirures, longues stridences
Transports de noires véhémences
Gonflement dans l’écart des voix
Souffles qui contiennent l’émoi
Vapeurs échappées vers le ciel
L’oiseau si léger bat de l’aile
Tendresse acharnée, peau tendue
L’esprit veut percer l’épiderme
Douces rêveries éperdues
Sous les horizons qui se ferment
Murmures, fleurs sur les arpèges
Ainsi l’âme se désagrège
La molle moiteur des accords
Alanguit le temps et le cœur
Soudain l’instant devient torpeur
Mélancolique quatuor
Vie perdue, angoisse et stupeur
En corps à corps avec la mort
Là, une larme perle, la douleur s’endort
Vibrant sanglot et pluie de sel dans un œil d’or
__________
Les Parfaits
Ils n’aiment pas la vie et couchent dans leur tombe.
On les voit, l’air sombre, noirs de morgue et de deuil.
Leur peau, d’un jaune éteint, que l’austérité plombe,
Est un linceul moulé aux formes du cercueil.
Et la vie s’étrangle à leur soif manichéenne.
L’ivresse de la chair, l’exultation du corps,
Ce que veut la Nature est la rouge géhenne.
L’œuvre du Mal porte le Monde vers la mort.
Ô Pureté! Illusoire éden des Cathares,
Éternel récif dont ne protège aucun phare.
L’Homme vers toi lance ses quêtes platoniques,
Icare étourdi en ses élans frénétiques.
Sans cesse ses ailes se brûlent à ce Soleil,
Forme idéale qui habite son sommeil.
Que ne célèbre-t-il l’origine du monde!
Comme Courbet a peint sa matrice féconde.
Femme! Ton sein allaite le grand univers,
Et ton doux sexe, généreusement ouvert,
Donne la vie en des étreintes magistrales.
Non! Tes tendres morsures ne sont pas létales!
__________
Contre Pascal
Quand nous sommes allés au bout de nos misères,
Quand nous savons très bien qu’il n`y a pas d’espoir,
Alors nous chérissons ce qui nous désaltère,
Tout ce qui nous arrache au destin le plus noir.
Quand nous ne pouvons pas nous nourrir d`espérance,
Quand nous avons perdu toute foi en l’au-delà,
Nous voulons mettre enfin notre mal en vacance,
Nous cherchons volontiers ce que Pascal bouda.
Aussi, nous acclamons tous ces bons comédiens
Qui savent, par leur art, nous séduire et distraire,
Purger nos angoisses, comme des magiciens,
Même donner la joie, sereine et tutélaire.
Si nous aimons ainsi le divertissement,
C’est que nous assumons l’anéantissement.
__________
Mondes
Patiente Matière, tendue dans les nervures
Du Temps. Au Temps bien arrimée depuis toujours.
L’avant et l’hier à l’éternel se mesurent.
L’Univers infini accumule les jours.
De lui-même, Il est sans cesse le créateur;
Et bien avant que d’être, déjà il était.
Nul puissant esprit ne fut son générateur.
D’où pourrait-il tenir sa forge et ses étais?
Aux étoiles en feu, la nature élémentaire
Puise son carburant et ses combinaisons.
Les atomes d’aujourd’hui sont ceux de naguère.
Ils semblent tisser de nouvelles liaisons;
Mais placés là par une secrète mémoire,
Encore ils construisent des mondes aléatoires.
__________
Conquête
C’est un vieux démon pervers,
Tout droit sorti des enfers.
Ses yeux sèment l’éclair.
Son dard vous perce la chair.
Quand nous le voyons qui erre
En dehors de sa tanière,
Il cueille les fruits amers
De nos vertus éphémères.
Nos promesses mensongères,
Nos mollesses légendaires,
Sont de profondes ornières.
Notre volonté s’y perd.
Il connaît bien nos misères.
En maître de l’univers,
Facilement il conquiert
Nos âmes si peu sincères.
Il voit les gens ordinaires,
Les escrocs, les faussaires.
Il va dans les presbytères,
Dans les plus beaux sanctuaires.
Avec ceux qui ont souffert,
Ceux que la vie désespère,
Il insiste et il suggère
D’achever ce long calvaire.
Et quand il parcourt la terre
Pour remplir les cimetières,
Il vient enfoncer son fer,
Sans écouter nos prières.
__________
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