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Pensées et mots d'esprit
Lichtenberg (1742-1799), Pensées
•Tout homme a un
postérieur moral qu’il lui est pénible de montrer et qu’il cache, aussi
longtemps que faire se peut, avec la culotte des bonnes manières.
• De tous les animaux du monde, l’homme est
le plus près du singe.
• Ah! Les nonnes n’ont point seulement fait
un strict vœu de chasteté, elles ont aussi de forts barreaux à leurs
fenêtres.
•Les Indiens appellent l’Être suprême
``Panadad`` ou ``l’Immobile``, puisqu’ils aiment eux-mêmes ne rien
faire.
• Ce que l’on doit faire pour apprendre à
écrire comme Shakespeare est bien en deçà de ce qu’il faut pour le lire.
• Une noble française dit un jour à Monsieur
de Fontenelle : ``-Mais, Monsieur, n’avez-vous pas envie de vous
marier?- Oui, dit-il, quelquefois, le matin.``
• Rien ne concourt davantage à la paix de
l’âme que de n’avoir point d’opinion.
• Nous n’avons nulle parole pour parler de
sagesse à l’abruti. Sage est celui qui, déjà, comprend le sage.
• Les Grecs possédaient une connaissance de
l’homme qu’il nous semble difficile d’atteindre sans passer par la
longue hibernation d’une barbarie nouvelle.
• L’éclair de la conviction qui partout
mettait le feu.
• Une préface peut être appelée paratonnerre.
• Monsieur de Camper racontait qu’un
missionnaire peignit l’enfer de si ardente façon à une communauté de
Groenlandais, et tant parla de sa chaleur, que ceux-ci commencèrent
d’éprouver le désir d’y aller.
• Le livre au monde qui le premier mériterait
d’être interdit serait le catalogue des livres interdits.
• L’Américain qui découvrit le premier
Christophe Colomb fit une méchante découverte.
• Celui qui est amoureux de soi a au moins
l’avantage de ne point avoir trop de rivaux.
• En matière de prophétie, l’interprète est
souvent un homme plus important que le prophète.
• Celui qui a moins que ce qu’il désire doit
savoir qu’il a plus que ce qu’il vaut.
• Je l’ai dessiné de manière qu’il puisse
aisément retrouver son corps au Jugement dernier.
• En ce monde, on vit mieux en disant la
bonne aventure qu’en disant la vérité.
• Le mois de janvier est le mois où l’on
offre ses meilleurs vœux à ses amis. Les autres mois sont ceux où ils ne
se réaliseront pas.
• Aujourd’hui, on cherche partout à répandre
le savoir; qui sait si dans quelques siècles il n’y aura pas des
universités pour rétablir l’ancienne ignorance?
• Dans les Essais historiques sur les
principaux ridicules des différentes nations, on lit qu’en Italie se
trouvent des choses sacrées et des reliques en tous lieux. Les trésors
des églises en regorgent. Les plus étranges de ces reliques sont deux
ampoules, dont l’une contient un rayon de l’étoile qui conduisit les
trois Rois mages et l’autre, le son des cloches de Jérusalem.
• On a dit à un homme que l’âme était un
point, ce à quoi il a répondu:«Pourquoi pas un point-virgule, ainsi elle
aurait une queue.»
• Les moines de Lodève, en Gascogne,
sanctifièrent une souris qui avait mangé une hostie consacrée.
• On dit «âme» comme on dit encore «écu»,
bien que cette monnaie ne soit plus frappée depuis belle heurette.
• C’est l’erreur commune des gens au talent
modique et de ceux qui possèdent plus d’érudition que d’entendement que
de trouver des explications ingénieuses au lieu d’explications
naturelles.
• Ici reposent les patates dans l’attente de
leur résurrection.
• À la liste annuelle des défunts, on
pourrait ajouter la rubrique suivante: 33 sont allés au ciel; aux enfers
777; indécis 883. Avec de tels bulletins, les théologiens pourraient
faire de l’argent.
• Je puis m’imaginer une époque où nos idées
religieuses paraîtront tout aussi singulières que l’est pour nous
l’esprit chevaleresque.
• Il était amoureux du bon Dieu.
• La mort d’un homme de talent m’attriste
toujours, puisque le monde en a plus besoin que le ciel.
• Le père: Vous êtes des cannibales, vous,
Néo-Zélandais.
Les Néo-Zélandais: Et vous des mangeurs de
Dieu, vous, prêtres.
• En vérité, ce qui rend le Ciel si agréable
aux pauvres est la pensée qu’il y règne une plus grande égalité entre
les classes.
• Les prétendus mathématiciens de profession
ont acquis aux dépens de l’incapacité du reste des hommes une réputation
de profondeur qui est bien semblable à celle de sainteté attribuée aux
théologiens.
• Ne serait-ce point là une bonne chose, au
tournant de l’an 1800, de considérer la théologie comme étant complétée
et d’interdire aux théologiens de faire de futures découvertes?
• Un banc d’église au bois dormant.
• Croyez-vous que le bon Dieu soit
catholique?
• De toutes les inventions de l’homme, je
doute qu’aucune n’ait été aussi facile que celle du ciel.
• Discours d’un suicidé composé peu avant
l’acte
(...) Reprends, ô Nature, la matière qui me
compose, replonge-la dans la masse de l’Être, fais-en un arbuste, une
nuée, ce qui te plaît, fût-ce un homme, mais non plus moi-même. Merci à
toi, Philosophie, nulle pieuse bouffonnerie n’entrave désormais le cours
de mes pensées. Il suffit. Je crois ne rien craindre, bien, levons alors
ce voile!
Alfred Capus (1858-1923), Les pensées
• Il est aussi difficile de savoir ce que
pensent les paysans que ce que pensent les animaux.
• Dans certains dîners, si je n’étais pas là, comme je m’ennuierais!
• L’homme aimable est celui qui écoute en souriant les choses qu’il
sait, dites par quelqu’un qui les ignore.
• C’est un homme insupportable. Il est bourré de préjugés, et il en
change tout le temps.
• Conduis-toi avec les autres, non d’après l’opinion que tu as des
autres, mais d’après l’opinion que tu as de toi.
• Il ne suffit pas de dire : ``Un tel est arrivé``.
Il faut encore savoir dans quel état.
• On est volé à la Bourse comme on est tué à la guerre, par des gens
qu’on ne voit pas.
• Une escroquerie, c’est une bonne affaire qui a rencontré une mauvaise
loi.
• On n’a pas le droit de blasphémer quand on ne croit à rien.
• Toujours la même erreur de raisonnement :
Considérer qu’on a raison quand on n’est de l’avis de personne.
• Je considère le suicide comme une lâcheté : c’est un duel avec un
adversaire désarmé.
• Les vagabonds qui, il y a une dizaine d’années, étaient presque tous
illettrés, savent maintenant pour la plupart lire, écrire et compter.
Quelques-uns semblent même avoir reçu une instruction supérieure.
C’est un grand progrès.
• On a si peu l’habitude du vrai que la moindre vérité, même la plus
placidement émise, prend tout de suite un air d’insolence.
• En France, il n’y a qu’une chose que les honnêtes gens redoutent plus
que les bandits : c’est la justice!
• Il existe une certaine réserve qui n’est pas de la modestie mais de la
paresse à se faire valoir.
• On aimerait savoir si c’est la littérature qui corrompt les mœurs ou
les mœurs, au contraire, qui corrompent la littérature?
• Comme un médiocre écrivain lui présentait un nouveau roman qu’il
venait de faire paraître :
- Cher ami, voici mon dernier roman.
- Le dernier? fit Capus. Ah! parfait, parfait!
•
Une vieille dame, bigote en diable, l’interroge un jour d’une manière
insidieuse :
- Observez-vous rigoureusement les prescriptions de l’Église;
jeûnez-vous le Vendredi saint?
Et Capus, sans broncher, de répondre :
- Je fais mieux, Madame, je me purge.
• - Le premier soir, la pièce a été acclamée, mais à la seconde
représentation…
- J’y étais à la seconde, j’y étais…
- Ah! C’était vous?
Jules Renard dit un jour à Capus :
- Je viens de porter un manuscrit à l’Odéon; c’est étonnant ce que le
directeur Desbeaux vous ressemble!
- Et pourtant, répliqua Capus, et pourtant, je ne l’ai jamais vu!
Le hasard, dans certains cas, c’est la volonté des autres.
• L’amour, c’est quand on n’obtient pas tout de suite ce qu’on désire.
• Il y a des mauvais conseils que seule un honnête femme peut donner.
Oscar Wilde (1856-1900) , Les pensées
• Je crois parfois que Dieu, en créant l’homme,
a quelque peu surestimé ses capacités.
• Lorsque les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières.
• Les missionnaires sont une nourriture dispensée par la Providence aux
cannibales indigents et sous-alimentés.
• L’industrie est la cause de toute laideur.
• Un écho est souvent plus beau que la voix qu’il répète.
• Le mieux que l’on puisse dire de l’art contemporain, c’est qu’il est à
peine moins vulgaire que la réalité.
• Les livres que le monde qualifie d’immoraux sont ceux qui montrent au
monde sa propre honte.
• Sans l’imperfection de la nature, il n’y aurait pas d’art puisque
l’art représente notre protestation vigoureuse, notre effort énergique
pour remettre la nature dans la bonne voie.
• En Amérique, la jeunesse est toujours disposée à faire profiter la
vieillesse de son inexpérience.
• Le canon esthétique de l’homme américain, la grosseur; son idéal de
perfection, la hauteur. Il mesure la grandeur d’un pays au nombre de ses
mètres carrés, et n’a de cesse de raconter aux garçons d’hôtel que
l’État du Texas est plus grand que la France et l’Allemagne réunies.
• Les Américaines se comportent comme si elles étaient belles. C’est le
secret de leur charme.
• L’Angleterre et l’Amérique n’ont plus rien aujourd’hui qui les
distingue l’une de l’autre, sauf, bien entendu, le langage.
• Les Anglais s’intéressent beaucoup plus à la barbarie américaine qu’à
sa civilisation.
• La jeunesse de l’Amérique est sa plus ancienne tradition. Elle dure
maintenant depuis trois siècles.
• Recommander aux pauvres d’être économes est à la fois grotesque et
insultant. Cela revient à conseiller à un homme qui meurt de faim de
manger moins.
• Dans une bonne démocratie, tout homme devrait être un aristocrate.
• L’opinion publique est celle de ceux qui n’ont pas d’idées.
• L’instruction est une chose admirable, mais il est bon de se souvenir
de temps à autre que rien de ce qu’il est bon d’apprendre ne peut
s’enseigner.
• C’est désolant, mais il ne fait aucun doute que les pauvres sont
absolument inconscients de leur caractère pittoresque.
• Les jeunes gens s’imaginent que l’argent est tout. En vieillissant,
ils en sont sûrs.
• Nous vivons une époque où les choses inutiles sont devenues nos seules
nécessités.
• L’expérience est le nom que nous donnons à nos erreurs.
• Il y a un plaisir à s’accuser soi-même : lorsque nous nous blâmons, il
nous semble que personne d’autre n’a le droit de nous blâmer.
• Quand les gens sont de mon avis, il me semble que j’ai tort.
• J’éprouve chaque jour plus de difficulté à me montrer digne de ma
porcelaine bleue.
Pierre Dac (1893-1975), Pensées
•
Ceux qui pensent à tout n’oublient rien et ceux qui ne pensent à rien
font de même puisque ne pensant à rien ils n’ont rien à oublier.
• En psychologie introspective la pédérastie est considérée comme un
phénomène de transposition de l’introspection de conscience sur le plan
postérieur de l’introspecté concerné.
• Un agent double ne doit jamais se donner rendez-vous avec son double
personnage au même endroit sous peine de se retrouver tout seul avec
lui-même dans un lieu différent.
• Un sens interdit ne l’est formellement et réellement que s’il est, non
moins formellement et non moins réellement, unique en sens inverse.
• La bonne moyenne de la croyance s’établit par le total de ceux qui
croyaient et qui ne croient plus et de ceux qui ne croyaient pas et qui
croient.
• Une fausse erreur n’est pas forcément une vérité vraie.
• Rien n’est plus semblable à l’identique que ce qui est pareil à la
même chose.
• Dieu est le seul et unique président-directeur général de la société
universelle dont la responsabilité soit illimitée.
• Si la façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne, la façon de ne
pas donner ne vaut rien.
• Ceux qui sont myopes d’un œil, presbytes de l’autre et qui louchent,
par surcroît, n’ont aucune excuse valable de ne pas se rendre compte de
ce qui se passe autour d’eux.
• Ce n’est pas parce qu’en hiver on dit : ``Fermez la porte, il fait
froid dehors``, qu’il fait moins froid dehors quand la porte est fermée.
• Je pense souvent, non sans vertige, à la quantité de bœuf et de
légumes qu’il faudrait pour faire un pot-au-feu avec l’eau du lac Léman.
• Celui qui, dans la vie, est parti de zéro pour n’arriver à rien dans
l’existence n’a de merci à dire à personne.
• Le Droit criminel ne signifie nullement qu’on ait le droit de
commettre un crime.
• S’il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler,
combien de fois ne faut-il pas tourner autour d’un pâté de maisons pour
trouver une place pour ranger sa voiture.
• ``On ne peut pas être et avoir été``, dit un populaire dicton.
Pourquoi? On peut très bien avoir été un imbécile et l’être encore.
• - À vendre, couperet guillotine, rigoureusement stérilisé afin
d’éviter toute infection.
Ambrose Bierce (1842-1913), Mauvaises pensées
•
Est populaire l’auteur qui écrit ce que pensent les gens. Mais le génie
les invite à penser autre chose.
• Aborigènes : Individus de piètre valeur qui encombrent le sol d’un
pays récemment découvert. Ils cessent vite d’encombrer, ils fertilisent.
• Absolu : En philosophie, ce qui existe sans référence à quoi que ce
soit et de façon purement égoïste. La certitude absolue est l’un des
degrés possibles de la probabilité.
• Si le journaliste n’est pas content de son sort, qu’il se lance dans
une profession à laquelle son expérience l’a longuement ajusté, celle de
commissaire-priseur, d’avocat, de prédicateur ou de tout autre menteur.
• Les journaux de cet État, comme la plupart des journaux partout
ailleurs, témoignent d’une flagornerie toujours en éveil, (…) Il n’y a
pas d’ignorance populaire trop profonde et obscure, de vanité ou de
préjugé vulgaires trop déplaisants, de vice régional trop abject qu’ils
ne caressent dans le sens du poil.
Absurdité : Déclaration ou croyance manifestement incompatible avec
notre propre opinion.
• Air : Substance nutritive qu’une généreuse Providence fournit pour
engraisser les indigents.
• Audace : L’une des plus remarquables qualités d’un homme en sécurité.
• C’est une contrée de voyous. C’est une cité de canailles mal élevées.
C’est le paradis de l’imposture. L’ignorance politique, la bêtise
littéraire, la vulgarité sociale connaissent ici leur plus grossier et
plus riche développement.
• Baromètre : Ingénieux instrument qui indique le temps qu’il fait.
• Bonheur : Agréable sensation produite pat l’observation des misères
d’autrui.
• Bruit : Odeur nauséabonde à l’oreille. Musique non domestiquée.
Principal produit et authentique sceau de la civilisation.
• Il est notoire que les revenants ont toujours la manie de s’enfuir;
Heine affirme que c’est parce qu’ils ont peur de nous.
• Le Chien (…) n’a aucun discernement, sa loyauté va à la personne qui
le nourrit, qu’elle soit une crapule ou la mère d’un meurtrier. Il se
bat pour son maître sans égard pour le bien-fondé de la dispute, et par
là même il n’est pas meilleur qu’un patriote ou que le soldat qui touche
une solde.
• Charité : Aimable vertu du cœur qui nous fait pardonner chez les
autres les péchés et les vices qui nous habitent.
• Charlatan : Assassin sans licence.
• Compliment : Prêt qui rapporte des intérêts.
• Le plus grand dieu pour le plus grand nombre : la Mort.
• Ils ont tellement menti qu’ils ne peuvent plus tromper personne, sauf
en disant la vérité. Mais des scrupules de conscience ne les y
autorisent pas.
• Mettez un principe dans l’oreille d’un idiot, il réapparaîtra dans sa
bouche sous la forme d’un préjugé.
• Couvent : Lieu de retraite pour les femmes qui désirent méditer à
loisir sur le vice d’oisiveté.
• Cynique : Fripouille qui, en raison d’une vision défectueuse, voit les
choses telles qu’elles sont, et non telles qu’elles devraient être. D’où
cette coutume chez les Scythes d’arracher les yeux d’un cynique afin
d’améliorer sa vision.
• Déiste : Celui qui croit en Dieu, tout en se réservant le droit
d’honorer le Diable.
• Ah! Si vous sortiez votre cœur de votre tête, mon vieux. Le meilleur
des cœurs fait une piètre tête s’il est logé là.
• Ceux qui aiment tout n’aiment rien, un cœur à l’hospitalité aveugle
devient un repaire de clochards et de voleurs.
• Vous avez vécu et écrit pour rien ou presque, si vous devez toujours
apprendre pourquoi les bons n’amènent pas les méchants à bien se
conduire.
• Discussion : Moyen de confirmer les autres dans leurs erreurs.
• Ecclésiastique : Oiseau de proie.
• Éducation : Ce qui révèle au sage et dissimule à l’idiot leur manque
de compréhension.
• Encens : En matière de religion, un argument qui s’adresse au nez.
•
Clémenceau (1841-1929) :sources diverses
•
On reconnaît un discours de Jaurès parce que tous les verbes sont au
futur.
• L’administration est un lieu où les gens qui arrivent en retard
croisent dans l’escalier ceux qui partent en avance.
• Démocratie : le pouvoir pour les poux de manger les lions.
• Les dictatures sont comme le supplice du pal : elles commencent bien,
mais elles finissent mal.
• Les fonctionnaires sont un peu comme les livres d’une bibliothèque :
ce sont les plus haut placés qui servent le moins.
• La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des
fonctionnaires et il y pousse des impôts.
• On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre et
après la chasse.
• La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est
à la musique.
• L’anglais? Ce n’est jamais que du français mal prononcé.
• La guerre! C’est une chose trop grave pour la confier à des
militaires.
• Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier.
G. B. Shaw (1856-1950),
sources diverses
• Les Américains sont heureux quand ils peuvent ajouter une maisonnette
à leur garage.
• À notre époque, on se refuse à croire que le plomb puisse être
transformé en or… jusqu’au moment où on reçoit la facture du plombier.
• Aimer une femme, c’est surestimer la différence qui existe entre une
femme et une autre.
• L’adolescence est l’âge où les enfants commencent à répondre eux-mêmes
aux questions qu’ils posent.
• En dehors du jeu et de la cigarette, il est étonnant de constater que
presque tous les plaisirs d’un Anglais peuvent être, et sont
généralement, partagés par son chien.
• - Je ne vois pas bien pourquoi les hommes qui croient aux élections se
considèrent moins crédules que les hommes qui croient aux anges.
Jules Renard (1864-1910), Journal
•
Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la peau est très
recherchée.
• L’odeur d’un coquillage putréfié suffit pour accuser toute la mer.
• Que de mal on se donne avant de prendre son originalité chez soi, tout
simplement.
• Elle a une façon d’être bonne, très méchante.
• Que de gens ont voulu se suicider, et se sont contentés de déchirer
leur photographie.
• Un homme simple, un homme ayant le courage d’avoir une signature
lisible.
• L’horreur des bourgeois est bourgeoise.
• Il a toujours le petit mot pour faire rire de lui.
• On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous
soient rendus avec les intérêts.
• C’est étonnant comme, entre littérateurs, on peut s’aimer tout en se
débinant!
• Barrès a rencontré la meilleure manière d’être neuf : c’est de
compliquer l’expression des choses anciennes.
• Il était si laid que, lorsqu’il faisait des grimaces, il l’était
moins.
• Il est bien malheureux que notre goût avance quand notre talent ne
bouge pas.
• Certains gens voient comme si leurs yeux étaient au bout d’une perche,
très loin de leur cerveau.
• Qu’est-ce qui nous sauvera? La foi? Je ne veux pas avoir la foi, et je
ne tiens pas à être sauvé.
• Ne jamais rien faire comme les autres en art; en morale, faire comme
tout le monde.
La clarté est la politesse de l’homme de lettres.
• Il ne coupait pas son blé, de peur d’abîmer les marguerites.
• La conversation est un jeu de sécateur, où chacun taille la voix du
voisin aussitôt qu’elle pousse.
Tristan Bernard (1866-1947), Dictionnaire humoristique de A à Z
•
Académicien
-Académicien? Non. Le costume coûte trop cher. J’attendrai qu’il en
meure un à ma taille.
• Avarice
-Faire le mal, c’est en vouloir à mon bien.
• Bêtise
-Être bête offre cet avantage, et aussi ce danger, que soi-même on ne
s’en aperçoit pas.
• Bourse
-Une fois les actions placées, il devient inutile de fabriquer le
produit. Les actionnaires n’ont d’ailleurs pas intérêt à voir lancer un
article dont la mévente peut faire baisser trop rapidement le prix de
leurs actions.
• Cavalerie
-J’appartiens à l’arme de la cavalerie, la plus considérée de toutes les
armes, parce qu’elle est la plus redoutable, principalement en temps de
paix.
• Concorde
-Il n’y a qu’une façon, au fond, de s’accorder, c’est de penser
librement.
• Contradictoire
-Au physique, elle n’est plus jeune, mais elle est jeune encore. Elle
n’a pas une bonne santé, mais elle n’est jamais malade.
• Découverte
-Il s’est trouvé un médecin pour soutenir qu’à fréquenter simplement,
mais avec assiduité, dans un milieu d’exercices physiques, on se
fortifie les muscles dans une certaine mesure.
• Démagogie
-Une société n’a que les menteurs qu’elle mérite et elle n’a rien à dire
contre eux, puisque c’est elle-même qui les crée pour ses besoins
paresseux de confiance, d’espérance et d’illusion.
• Diable
-C’est Dieu qui a créé le monde, mais c’est le Diable qui le fait vivre.
• Doigté
-Ce qu’il y a de terrible dans le doigté, c’est que non seulement il
doit être invisible, mais que celui-là qui en est doué ne doit pas trop
s’en apercevoir.
• Doute
-Mon emmerdeuse d’âme est peut-être immortelle…
• Économie
-Désormais, je remplacerai mon domestique et je dirai moi-même : ``Je
suis servi``.
• Écrivain
-Un écrivain ne doit pas chercher à être incohérent et anormal. Souvent
il l’est déjà suffisamment sans s’en douter.
• Éducation
-Dans bien des familles, l’éducation des enfants est, elle aussi,
responsable de tous ces menteurs dont la terre est peuplée.
• Éternité
-On trouve le temps long sous la terre.
• Expérience
-L’expérience, c’est de se dire : ``Mon Dieu, que j’ai été…bête``.
• Exportation
-On ne saurait trop louer l’ingénieuse idée qu’ont eue les usines
européennes de susciter ainsi des guerres exotiques pour vérifier la
valeur de leurs produits.
• Feindre
-La question n’est pas de travailler, c’est de faire croire aux autres
qu’on travaille.
• Fête
-On tuait le veau gras, et l’on faisait la noce.
Et la vache disait : ``Ça va bien! Ça va bien!
Ces gens qui retrouvent leur gosse
Commencent par tuer le mien``.
• Flirt
-J’aime mieux le flirt muet que le cent pour cent parlant.
• Frustre
-L’être frustre qui est en nous échappe parfois à notre contrôle.
• Genre humain
-Le genre humain, qui devrait avoir mille ans de sagesse, retombe en
enfance à chaque nouvelle génération.
• Habitude
-Au théâtre, les gens veulent sans doute être surpris, mais avec ce
qu’ils attendent.
• Intox
-DERNIÈRE- Copenhague, 8 avril- (Dépêche de notre correspondant
particulier) –On dément le bruit d’après lequel le Kaiser aurait demandé
à être rappelé du front comme père de plus de six enfants.
• Opinion
-Je veux bien changer d’opinion. Mais avec qui?
• Réalisme
-Ne compter que sur moi... et encore pas beaucoup.
• Vanité
-Pour parer aux dangers de l’orgueil, on atrophie les énergies possibles
avec ce régime débilitant da la modestie. La vanité, c’est la vitalité.
• Vol
-C’est en effet la grande exception que les gens dénués de ressources ou
de ressources modestes arrivent à s’enrichir par le vol. Les personnes
qui disposent de forts capitaux sont bien mieux placées pour doubler ou
tripler par ce moyen leur fortune.
• Vin
-On célèbre officiellement la gloire du vin. Évidemment ça ne va pas
jusqu’à glorifier les ivrognes.
Victor Hugo
(1802-1885), diverses sources
•
- L’amour des Anglais pour la liberté se complique d’une certaine
acceptation de la servitude d’autrui.
• - L’athéisme dresse contre Dieu un procès-verbal de carence.
• - Il y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques ont un
harem.
• - L’homme a reçu de la nature une clef avec laquelle il remonte la
femme toutes les vingt-quatre heures.
• - Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du
feu. Enfer hindou, des flammes. À en croire les religions, Dieu est né
rôtisseur.
• - Il y a des gens qui observent les règles de l’honneur, comme on
observe les étoiles, de très loin.
• - La religion n’est autre chose que l’ombre portée de l’univers sur
l’intelligence humaine.
• - L’Angleterre qui reproche à la Russie sa Pologne, ne voit pas
l’Irlande qu’elle a dans l’oeil.
Woody Allen (1935- ),
diverses sources
•
- Né en Pologne, j’aurais fait un bel abat-jour.
• - J’étais tellement amoureux que, dans le taxi, j’oubliais de regarder
le compteur.
• - Pour vous, je suis un athée. Pour Dieu, je suis un opposant loyal.
• - Je ne crois pas en l’au-delà, mais j’emporte toujours un caleçon de
rechange.
• - Mon père tient de ma tante May. Elle rejetait la Bible parce que le
personnage central était invraisemblable.
• - Mon seul regret dans la vie est de ne pas être quelqu’un d’autre.
• - Non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez d’avoir un plombier
pendant le week-end!
• - Quant à Dieu...Si seulement il voulait m’adresser un signe de son
existence...S’il me déposait un bon paquet de fric dans une banque
suisse, par exemple.
• - Je vais vous raconter une histoire terrible sur la contraception
orale. J’ai demandé à cette fille de coucher avec moi, et elle m’a dit
non.
• - Si je fais bien l’amour, c’est que je me suis longtemps entraîné
tout seul.
• - De quelle longueur pensez-vous que doive être la jambe d’un homme?
Assez longue pour toucher le sol.
• - Je tiens beaucoup à ma montre, c’est mon grand-père qui me l’a
vendue sur son lit de mort.
Alphonse Allais
(1855-1905), sources diverses
•- Il faut prendre l’argent là où il est: chez les pauvres.
• - Ah! L’éternel féminin!- comme disait ce monsieur dont la belle-mère
n’en finissait pas de claquer...
• - Dans la vie, il ne faut compter que sur soi-même, et encore, pas
beaucoup.
• - Les familles, l’été venu, se dirigent vers la mer en y emmenant
leurs enfants dans l’espoir, souvent déçu, de noyer les plus laids.
• - Tout ce qui est public devrait être gratuit. L’école, les transports
et les filles.
• - Les jambes permettent aux hommes de marcher et aux femmes de faire
leur chemin.
• - Il était Normand par sa mère et Breton par un ami de son père.
• - Il y a des moments où l’absence d’ogre se fait cruellement sentir.
• - Non, la stérilité n’est pas héréditaire.
• - Ventre affamé n’a pas d’oreilles, mais il a un sacré nez.
• - Entendu de mes propres yeux: «C’est étonnant comme les frères
Lyonnet se ressemblent! - Oui, surtout Anatole!»
• - Le café est un breuvage qui fait dormir quand on n’en prend pas.
• - Faire la charité, c’est bien, la faire faire par d’autres, c’est
mieux.
• - J’ai souvent remarqué, pour ma part, que les cocus épousaient de
préférence des femmes adultères.
• - Il vaut mieux être cocu que veuf: il y a moins de formalités.
• - Le comble de la ressemblance? Pouvoir se faire la barbe devant son
portrait.
• - Tout est dans tout et vice versa.
• - C’est la première fois que j’écris SUISSESSES et je suis épouvanté
par la quantité d’«S» absorbée par ce simple mot ( six «S» pour dix
lettres).
• - La statistique a démontré que la mortalité dans l’armée augmente
sensiblement en temps de guerre.
• - À Madame la marquise de B, à Compiègne: «Non, mille fois non! Si
vous sortez dans la rue en scaphandre, ne prenez pas de parapluie, vous
vous feriez remarquer.»
• - On étouffe ici! Permettez que j’ouvre une parenthèse.
• - Je lui décochai un violent coup de poing qu’il para fort habilement
avec son oeil gauche.
• - Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Être «de
quelque chose», ça pose un homme, comme être «de garenne», ça pose un
lapin.
• - L’homme est plein d’imperfections. Ce n’est pas étonnant si l’on
pense à l’époque où il a été fait.
• - Un gentleman est un monsieur qui se sert d’une pince à sucre, même
quand il est seul.
• - En été, il y fait rudement chaud pour une si petite ville.
• - Avant de prendre congé de ses hôtes, Dieu convint, de la meilleure
grâce du monde, qu’il n’existait pas.
- Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps.
• - Le métier d’officier consiste surtout à punir ceux qui sont
au-dessous de soi et à être puni par ceux qui sont au-dessus.
• - Propos rapportés par Jules Renard: Allais s’assied à une terrasse de
café par une journée de tempête et dit: « Garçon, un quiquinna et moins
de vent!»
• - On n’insistera jamais assez sur les inconvénients que présente
l’abus du cyanure de potassium dans l’alimentation des nouveau-nés.
• - Les villes devraient être construites à la campagne, l’air y est
tellement plus pur.
• - Les aquarelles faites à l’eau de mer se gondolent à l’époque des
grandes marées.
• - J’ai fondé la Société protectrice des végétaux. Nous sommes en train
de poser des matelas sous les arbres pour amortir la chute des feuilles.
Cioran (1911-1995), divers ouvrages
•
- Ce que tout homme attaché à son pays souhaite au fond de son coeur, la
suppression de la moitié de ses compatriotes.
• - Les saints vivent dans les flammes, les sages à côté d’elles.
• - En permettant l’homme, la nature a commis beaucoup plus qu’une
erreur de calcul: un attentat contre elle-même.
• - S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu.
• - Des arbres massacrés. Des maisons surgissent. Des gueules, des
gueules, des gueules partout. L’homme s’étend. L’homme est le cancer de
la terre.
• - On voudrait parfois être cannibale, moins pour le plaisir de dévorer
tel ou tel que pour celui de le vomir.
• - N’a de conviction que celui qui n’a rien approfondi.
• - De toute éternité, Dieu a tout choisi pour nous, même nos cravates.
• - S’il tient à préserver une quelconque dignité spirituelle, l’homme
doit négliger son statut de contemporain.
• - Serf, ce peuple bâtissait des cathédrales; émancipé, il ne construit
que des horreurs.
• - Le catholicisme n’a créé l’Espagne que pour mieux l’étouffer. C’est
un pays où l’on voyage pour admirer l’Église et pour deviner le plaisir
qu’il peut y avoir à assassiner un curé.
• - La religion est une fatigante solution de paresse.
• - J’ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès.
• - La tolérance est une coquetterie d’agonisant.
• - La vieillesse, en définitive, n’est que la punition d’avoir vécu.
• - En vieillissant, on apprend à troquer ses terreurs contre des
ricanements.
• - Au zoo, tous les animaux se tiennent convenablement, à l’exception
du singe. On sent que l’homme n’est pas loin.
• - Il n’est pas d’art vrai sans une forte dose de banalité. Celui qui
use de l’insolite d’une manière constante lasse vite, rien n’étant plus
insupportable que l’uniformité de l’exceptionnel.
• - À mesure que l’art s’enfonce dans l’impasse, les artistes se
multiplient. Cette anomalie cesse d’en être une, si l’on songe que
l’art, en voie d’épuisement, est devenu à la fois impossible et facile.
• - Tout ce qui est encore vivant dans le folklore vient d’avant le
christianisme.– Il en est de même de tout ce qui est vivant en chacun de
nous.
• - Le fanatisme est la mort de la conversation.On ne bavarde pas avec
un candidat au martyre.
• - L’idée de progrès déshonore l’intellect.
• - Celui qui ne consent pas à son néant est un malade mental.
Groucho Marx (1890-1977), diverses sources
•- Les gens ne mangeraient pas de caviar s’il était bon marché.
• - On juge un homme aux factures qu’il reçoit.
• - Je désire être incinéré. Un dixième de mes cendres sera donné,
conformément à notre contrat, à mon imprésario.
• - Une alliance ne protège qu’un seul doigt.
• - Comment faites-vous pour éviter le chute des cheveux? - Je fais un
pas de côté.
• - Ou cet homme est mort, ou ma montre est arrêtée.
• - Si je pouvais recommencer ma vie, je ferais les mêmes erreurs, mais
je les ferais plus tôt.
• - Groucho Marx, assis dans le métro, s’adresse à un dame qui se tient
debout:«Je vous cèderais volontiers ma place, mais elle est occupée».
• - Tels sont mes principes. Si vous ne les aimez pas, j’en ai d’autres.
• - La nuit dernière, j’ai eu un rêve magnifique, ne le manquez pas.
• - J’ai passé une excellente soirée...mais ça n’était pas celle-ci.
• - Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque
fois que quelqu’un l’allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je
lis.
• - Je mange à la façon d’un vautour. Malheureusement la ressemblance ne
s’arrête pas là.
• - Acheter un costume neuf, c’est déjà voyager à l’étranger.
• - Une dame disait:«J’aime la nature». - «Vous avez du courage, après
ce qu’elle vous a fait»
• - Je n’oublie jamais un visage mais je ferai une exception dans votre
cas.
• - Je ne voudrais pas adhérer à un club qui m’accepte comme membre.
• - La prochaine fois qu’on se verra, rappelez-moi de ne pas vous
parler.
Aphorisme et maximes
• -Ne penser qu’à recevoir, c’est
oublier ce que l’on a reçu : le pire malheur de la cupidité, c’est son
ingratitude. (Sénèque)
• -L’imbécile avarice des mortels ne
mélange pas libre possession et propriété privée, et tient qu’on ne
possède point en propre ce qui appartient à tous : au contraire l’homme
sage estime que rien ne lui appartient plus personnellement que ce qu’il
possède en partage avec le genre humain. (Sénèque)
• -Qu’est-ce que l’homme? Un vase qui
se brise à la moindre secousse, au moindre mouvement. (Sénèque)
• -Je suis un être humain, et j’estime
qu’à ce titre, rien ne m’est étranger de ce qui est humain. (Térence)
Perles, bêtises et drôleries
( Sources principales : nombreux livres de
Jérôme Duhamel et Jean-Charles, et aussi les perles du Bac sur internet)
• -( Lettre d’un grand magasin à une cliente.)
Nous regrettons de vous apprendre que nous n’avons pas reçu le paiement
de votre traite du mois dernier.
( Réponse de la cliente.)
Je m’empresse de vous rassurer : je ne vous ai rien envoyé.
• -Mon cher neveu, voici les mille francs dont tu sembles avoir besoin.
Par la même occasion, je te signale une faute dans ta dernière lettre :
on écrit en effet mille avec trois zéros et non avec quatre.
• -Je dois résilier mon assurance-bétail parce que depuis la mort de mon
mari, il n’y a plus de bête à cornes à la maison.
• -( Télégramme d’une dame à son mari.)
Ai raté train. Partirai demain même heure.
( Réponse du mari.)
Alors tu vas encore le rater.
• -(Dans un bar.)
Si vous êtes venu boire pour oublier, soyez gentil, payez avant de
boire.
• -Surpris avec son fusil chargé et un lot de vingt cartouches, l’homme
persista néanmoins à prétendre qu’il se rendait à la pêche.
• -Malgré la bonne conservation de son squelette, l’homme était mort.
• -Vexé par les remontrances du juge, l’accusé ne prit la parole que
pour se taire.
• -La Justice est la même pour tous, et même bien davantage.
• -Un violent coup sur la tête semblait indiquer une mort naturelle.
• -L’homme nous parla de son affaire qui n’était pas bien grande au
début mais qu’il avait réussi à faire grossir grâce à son épouse…
• -En cas de luxure, étendre la personne sur le dos et bander fortement
la partie.
• -Depuis que vous avez ordonné de la courtisane à mon mari, il va
beaucoup mieux.
• -Depuis que je suis votre traitement, je suis une autre femme. Inutile
de vous dire si mon mari est heureux.
Sottisier
• -Jean Piaget, illustre psychologue, pour une sottise pédagogique qui
engendre encore beaucoup de dégâts :
``Tout ce qu’on apprend à l’enfant, on l’empêche de l’inventer ou de le
découvrir.``
( Conversations avec J.-Cl. Bringuier)
• - Bernardin de St-Pierre, pour une sottise sur les causes finales :
`` Le melon a été divisé en tranches par la nature afin d’être mangé en
famille. La citrouille étant plus grosse peut être mangée avec les
voisins.``
( Étude de la Nature, XI)
• - Le petit catéchisme , pour une sottise psychologiquement
dévastatrice :
Acte d’humilité, Mon Dieu, je ne suis que cendre et poussière; réprimez
les mouvements d’orgueil qui s’élèvent dans mon âme, et apprenez-moi à
me mépriser moi-même, vous qui (…), etc.
• - Saint Augustin, pour une sottise religieuse à grande portée.
» Il y a une persécution juste, celle que font les Églises du Christ aux
impies (...) L’Église persécute par amour et les impies par cruauté.»
( Lettre 185)
Grands classiques
GRANDS CLASSIQUES
• SÉNÈQUE (1 av. J-C- 65 apr. J-c.) :
-…combien de gens exercent leur corps, et combien leur esprit! Quelle
affluence à un spectacle ludique et sans profit durable, et quel désert
autour de la culture! Quelle débilité de l’âme chez ces hommes dont on
admire les biceps et les larges épaules! ( Lettre à Lucilius)
-…en connaît-on beaucoup des États qui aient supporté jusqu’au bout le
poids de leur réussite? (Idem)
-Il n’y a pas de raisons que tu nous mesures à nos tombeaux, qui bordent
les routes, grands ou petits : la cendre nous met tous au même niveau.
Nous naissons inégaux, mais nous mourons égaux. (Idem)
-Nous ne sommes au pouvoir de personne, dès lors que la mort est en
notre pouvoir. (Idem)
• JUVÉNAL (60-127)
Satires, Gallimard
-Il vous dit de dormir dessus vos deux oreilles, alors que pointe le
désastre!
-…une épouse stérile rend un ami agréable et précieux…
-Tu te crois homme libre, convive de ton roi? Lui, il te considère
prisonnier du fumet de son rot.
-Mais qui gardera les gardiens?
-Le Ciel a bien du temps à perdre! Là-haut, on se tourne les pouces, à
ce que je vois!
-Ah! Tu veux qu’on t’admire pour toi-même et non pour tes biens? Fais
donc toi-même quelque chose…
-Toute perversion de l’âme est d’autant plus scandaleuse que le coupable
a renommée plus éclatante…
-Il est moins malheureux, l’esclave qui fouit son champ, que celui qui
fouit son maître!
-Qu’importe l’infamie, si l’on sauve la caisse?
-Une Rome grecque, ô Romains, c’est ce que je ne puis souffrir!
-La fleur de la jeunesse et l’infime partie d’une vie misérable a tôt
fait de flétrir : On boit en réclamant des couronnes et des filles, et
voici qu’on est vieux sans s’en apercevoir…
-Depuis qu’on ne vend plus les suffrages, le peuple se moque de tout (…)
et ne vit plus que pour deux choses : du pain et des jeux!
-Plutôt que de vertu, on a soif de la gloire! Ôtez-en le profit : qui
donc irait embrasser la vertu pour ses beaux yeux?
-À défaut de ce qui nous plaît, les dieux nous octroient l’utile. (…)
Demande donc dans tes prières un esprit sain dans un corps sain…
Demande une âme forte, exempte des terreurs de la mort, et qui place
l’étape ultime de la vie parmi les bienfaits de Nature.
-Et ces biens que je te décris, tu peux les acquérir toi-même : oui
c’est par la vertu que passe le sentier d’une vie tranquille. Ô Fortune,
où est ton pouvoir, si nous vivons comme le sage? Ah, c’est nous, c’est
nous seulement qui te faisons déesse et te plaçons aux cieux!
-Le soldat ignorant, que l’art grec laissait froid, avait-il pour butin,
quand la ville était prise, des coupes ouvragées par la main d’un
orfèvre? Il les brisait pour en décorer son cheval,…
-…Et chez le sexe féminin, plus vif encore est le plaisir : elles
vibrent, et la volupté qu’engendrent les yeux, les oreilles, à la fin
déborde du vase!
-Mal agir, c’est toujours se déplaire à soi-même…
-Foin des pleurs excessifs! Le chagrin chez un homme ne doit pas être
plus cuisant que la blessure qui le cause!
-Quand on s’est fourvoyé mais qu’on a du culot, les gens croient qu’on
est dans son droit.
-Si tu veux voir les mœurs du genre humain, une maison suffit.
-Ce que permet le Ciel et ce qu’il interdit, le méchant s’en avise enfin
quand le crime est commis…
-A-t-on vu criminel s’en tenir à un crime?
-…l’âme et le corps des esclaves ont même tissu que les nôtres…
-…pas de poison moral plus actif et plus prompt que le mauvais exemple
sous le toit familial : il s’insinue dans l’âme…
-Folie! Frénésie manifeste! Vivre en ladre pour mourir riche!
-Où faut-il s’arrêter dans l’amour des richesses?
-Tout crime vient de là, aucun vice sur terre n’aiguisa de poignards, ne
versa de poison autant que le désir farouche d’être riche à millions! Et
le devenir ne suffit pas, il nous faut l’être en un éclair!
-Pourquoi cette fureur? C’est que chacun des peuples vomit les dieux de
l’autre, exige qu’on n’adore d’autres dieux que les siens.
-Aujourd’hui, l’univers est affiné par la culture attique, grecque et
romaine, (…) mais l’Égypte boit plus de sang que l’autel de la Méotide.
Qui ne connaît les monstres auxquels les Égyptiens adressent leur culte
insensé? On adore le crocodile… Pas de bête à laine au menu! Égorger un
chevreau, tabou! Mais on a le droit de manger de l’homme…
-On ne créera jamais de châtiment égal à un tel crime, ou de supplice
digne de ces peuples pour qui haïr et dévorer ses ennemis revient au
même!
-Un cœur tendre, voilà le don de la Nature au genre humain, et puis les
larmes, c’est le meilleur de nous-mêmes.
-De nos jours, même les serpents sont plus fraternels que les hommes; le
fauve épargnera la robe tachetée qui lui ressemble; (…). Même les ours
cruels vivent en bonne entente! (…) Ah! le ressentiment des peuples ne
se satisfait pas d’immoler des humains et se nourrit du cœur, des bras,
de la figure!
-Gallius, qui pourrait dénombrer tous les privilèges que donne, lorsque
l’on est chanceux, le métier de militaire? (…) Il est plus aisé de
produire un faux témoin contre un civil, qu’un homme honnête contre les
intérêts ou l’honneur d’un soldat…
-…doués de raison sublime, nous nous élevons au divin, pratiquons et
créons les arts! Le Ciel nous a donné cet instinct supérieur dénié au
bétail dont le regard stupide sur le sol est fixé. Lorsque naquit le
monde, le Créateur n’a départi aux animaux que l’existence; à nous, il
donna l’âme, afin qu’une affection mutuelle incitât les hommes à
s’entraider, dispersés qu’ils étaient, à former société, à quitter les
antiques forêts des aïeux, construire des maisons, des foyers contigus,
par ce voisinage assurant (et la confiance ainsi créée) la sécurité du
sommeil.
• PLINE L’ANCIEN (23-79), Histoire naturelle.
-Les sens s’émoussent, les membres s’engourdissent, la vue, l’ouïe, la
faculté de marcher meurent avant la mort…
-…alors que chaque jour l’on ne perd que le précédent, les ivrognes
perdent aussi le suivant!
-…les autres animaux ont de bonnes relations avec ceux de leur propre
espèce : c’est seulement contre les autres espèces que nous les voyons
se rassembler et se dresser; (…) Mais, par Hercule! c’est de l’Homme que
viennent pour l’Homme la plupart de ses maux.
• MARTIAL (40-103) Épigrammes, Gallimard.
À César
Donne ton humeur la plus belle (…)
Aux poèmes d’un pauvre auteur.
Il n’est pas besoin de censure
Pour de tels jeux innocents,
Et si j’ai des vers indécents,
Du moins ma vie est-elle pure.
Contre Labiénus
Quand tu rases tes bras, tes jambes, ta poitrine,
Et tous ces poils follets alentour de ta p…,
C’est pour ta bonne amie, on en est convaincu.
Mais pour qui, Labiénus, épiles-tu ton cul?
Contre Candidus
(…)
Toi seul as un esprit mordant,
Toi seul la sagesse profonde.
Toi seul as tout, c’est évident…
Mais ta femme est à tout le monde.
À Galla
Ma chère, à ton tarif, je ne peux vraiment pas.
Dis-moi franchement non : c’est plus simple en ce cas!
Contre Névolus
Ton esclave a mal à la p…
Toi, c’est au cul. À ces effets,
Sans être devin je devine,
Ô Névolus, ce que tu fais.
À Quintien
(…)
Pour ses riches amis, sache-le Quintien,
Le pauvre est généreux lorsqu’il ne donne rien.
À Émilien
Si tu es pauvre, Émilien,
Il n’est pas de remède :
L’argent ne va, tu le sais bien,
Qu’à celui qui possède.
Contre Lesbie
Tu voudrais sans arrêt qu’à tes yeux je me dresse.
Ce membre, ma Lesbie, obéit moins qu’un doigt;
C’est en vain que ta voix ou que ta main me presse :
Ton visage hautain décide contre toi !
À Flaccus
Flaccus, si tu entends applaudir dans un bain,
Sache que Morion passe avec son engin.
Contre Pollion
Tu promets tout, les nuits que tu passes à boire,
Mais quand s’achève le festin,
De ce que tu promis tu n’as plus la mémoire.
Pollion, bois donc le matin !
À Milon
Bijoux, poivre, manteaux, argenterie, encens,
Ton client les achète et repasse ta porte.
Te femme est, des objets que tous les jours tu vends,
Le plus avantageux : car nul ne te l’emporte.
Poireaux en tranches
Ces poireaux tarentins n’ont pas l’odeur des roses :
Après, pour tes baisers, garde les lèvres closes.
Le fichu
Mouchoir, de mon amour va serrer le sein tendre
Qu’il ne dépasse plus ce que ma main peut prendre.
Sur Philon
Philon jure chez lui n’avoir pris nul repas.
C’est la vérité qu’il a dite :
Le malheureux ne mange pas
Lorsque personne ne l’invite.
À ses échansons
(…)
Le Mausolée est là tout près, sombre demeure
Qui nous dit de jouir, qu’il n’est Dieu qui ne meure.
Contre Galla
(…)
Ton regard me promet merveille,
Mais mon p... ne veut pas de toi :
Il t’oppose la sourde oreille
Car, bien qu’il soit borgne, il te voit.
À Philéros
Cette épouse que dans ton champ
Tu mets en terre est la septième.
Je ne sais bien-fonds approchant
Ce rendement extrême.
Sur Nata
Nata baptise ``sa mignonne``
La mentule de son amant
Près de qui pâlirait vraiment
Celle de Priape en personne.
Contre Télésille
Moi qui le fais souvent quatre fois dans la nuit,
Une fois en quatre ans avec toi, quel ennui !
À Callistrate
Pour montrer à quel point ta franchise est entière,
Tu dis que bien souvent tu te fis …
Callistrate, pourtant, je te crois moins sincère :
Qui dit cela, que ne doit-il dissimuler !
À Alauda
Ta femme dit que tu cours les soubrettes,
Mais elle court, elle, les portefaix.
Le charmant couple que vous faites !
Vous vous valez bien, en effet !
Contre Fabullus
Ceux qui fréquentent les garçons
Ont, dis-tu, l’haleine offensante.
Mais que penses-tu donc que sente
Fabullus, un brouteur de…
Sur Mannéia
Ton chien te lèche lèvres et visage?
Je ne saurais m’en étonner vraiment :
Des chiens, on le sait, c’est l’usage
De dévorer tout excrément.
À Vélox
Trop long, dis-tu, mes épigrammes?
Vélox, je l’admets sans détour.
N’écrivant rien, toi qui me blâmes,
Tu fais évidemment plus court.
Contre Linus
Cher Linus, tu me demandais
Ce que rapporte ma campagne
De Nomentum. Ce que j’y gagne,
C’est que je ne t’y vois jamais.
Contre Tongilion
-Ta putain, quelle est sa harangue
Aujourd’hui? – Quoi? Quelle putain?
-Tu ne comprends donc pas, crétin,
Que je veux parler de ta langue?
Sur Sélius
Sélius dit qu’il n’y a pas de dieux,
Que tout là-haut le ciel est vide.
Il le dit et le prouve, et sa preuve est limpide :
Tout négateur qu’il soit, il n’est pas moins heureux.
À Galla
Dis non, Galla, : l’amour veut semblables tourments.
Mais ne va point, Galla, dire non trop longtemps!
Contre ZoÏle
Qui te dit vicieux, Zoïle, qu’il rougisse :
Toi vicieux, Zoïle? Allons! Tu es Le Vice.
À Juvénal
Comme cadeau de Saturnales,
Voici, cher Juvénal, des noix de mon jardin.
Mes autres fruits, Priape, en dieu badin,
Les réserve aux filles vénales.
Sur Gellius
Affamé, des plus mal à l’aise,
Gellius épouse en rageant
Une vieille pleine d’argent.
Gellius mange, mais il baise.
Contre Zoïle
Par édit l’Empereur prohibe l’adultère.
Zoïle, sois heureux : tu n’as plus rien à faire.
À Sertorius
Sertorius commence tout
Sans achever ce qu’il veut faire.
Je crois que même quand il f…
Il laisse en route son affaire.
Sur Aper
Aper maniait l’arc quand soudain, par malheur,
Sa riche épouse a pris une flèche en plein cœur.
Un accident de jeu… Quel habile joueur!
• HORACE (65-8), Oeuvres, GF, no 159.
Rien n’est inaccessible aux mortels; nous sommes assez fous pour vouloir
le ciel même...
...réduis à la mesure de ta brève durée les longs espoirs. Pendant que
nous parlons, l’heure jalouse a fui. Cueille le jour, en te fiant le
moins possible au lendemain.
Aux gens qui ne boivent pas, le dieu n’a réservé que des misères; par le
vin seulement se dissipent les soucis rongeurs.
Tu m’évites, Chloé, et tu ressembles au faon qui, loin des routes, sur
les montagnes, cherche sa mère timide, et a peur, sans raison, des vents
légers et des arbres. (...) Laisse enfin ta mère; tu as l’âge d’aller
avec un homme.
C’est une dure loi; mais la résignation rend plus légers les maux que
les dieux ne permettent pas de guérir.
La vie est courte: dès lors, pourquoi tant d’efforts, pourquoi viser
tant de buts? pourquoi chercher d’autres terres chauffées par d’autres
soleils? Quitter son pays, est-ce se fuir soi-même? (...) Contente pour
l’instant, l’âme ne doit pas se préoccuper de l’avenir; elle doit
accepter les amertumes avec un calme sourire; il n’y a point de bonheur
parfait.
Les soucis grandissent avec la fortune et le désir de l’accroître.(...)
Moins on se donne à soi-même, plus on recevra des dieux. Je vais, sans
rien avoir sur moi, dans le camp des gens qui ne désirent rien;
Beaucoup demander, c’est manquer de bien des choses: il est heureux,
l’homme à qui la divinité, même d’une main économe, a donné le
nécessaire.
...nous sommes, hélas! jaloux de l’homme vertueux: nous ne pouvons le
souffrir de son vivant; nous l’honorons quand il a disparu.
À quoi servent les lois sans les moeurs?
Quand les moeurs s’affaiblissent, le mal enlaidit les âmes bien nées.
Ne compte pas sur l’immortalité: tu es averti par le fuite des années et
des jours que l’heure emporte et renouvelle.
...mêle un peu de folie aux pensées sérieuses: il est doux, à
l’occasion, de perdre la raison.
Tu peux te promener, tout fier de ton argent: la fortune ne change pas
la naissance.
Comment se fait-il, Mécène, que l’homme ne vit jamais content de son
sort...(...) pourquoi juge-t-il heureux les gens qui mènent une vie
opposée à la sienne?
Puisque tu as les yeux malades et la vue faible quand il s’agit de tes
défauts, pourquoi, pour ceux de tes amis, as-tu un regard aussi perçant
que l’aigle...
Celui qui ne veut pas offusquer son ami par sa bosse doit lui pardonner
ses verrues; quand on a besoin d’indulgence pour ses propres fautes, Il
est juste de rendre aux autres la pareille.
La mort d’un voisin épouvante le malade qui voudrait bien manger, et la
crainte de mourir l’oblige à se surveiller: ainsi l’infâmie d’autrui
détourne souvent les jeunes gens du mal. Cet enseignement me préserva
des vices vraiment funestes; il me laissa des défauts légers et
pardonnables.
(À) Egnatie,...(on) nous donna l’occasion de rire et de nous amuser: on
nous affirma qu’à la porte du temple l’encens se consume sans qu’on y
mette le feu. Le Juif Apella peut le croire, moi pas; car on m’a
enseigné que les dieux vivent bien tranquilles et que si la nature fait
des miracles, les dieux ne s’ennuient pas assez pour en faire tomber du
haut du ciel.
...tu connais bien le peuple: il a la sottise de conférer les honneurs à
ceux qui ne le méritent pas, il se fait stupidement l’esclave de la
renommée, il tombe en extase devant les inscriptions honorifiques et les
images des ancêtres.
...tu es incapable de rester une heure avec toi-même.
C’est en vain qu’on fuit un vice, si l’on tombe dans un autre.
Jeter son avoir dans un gouffre et ne jamais user de ce que l’on a, où
est la différence?
Quel mal lui a fêlé le cerveau? La peur des dieux.
Je bornerai ma joie et mon bonheur à ce que je possède.
Quelle bête sauvage, si elle a une fois brisé ses chaînes, est assez
abjecte pour retourner à sa servitude?
Tu es mon maître et en même temps le misérable esclave d’un autre; tu es
une marionnette dont les mouvements sont réglés par des ficelles
étrangères.
C’est déjà de la vertu que de fuir le vice; c’est déjà de la sagesse que
de combattre l’erreur.
Quand un vase n’est pas propre, tout ce qu’on y verse devient aigre.
La colère est une courte folie. Maîtrise ta passion; si elle n’obéit
pas, c’est elle qui commande, impose-lui un frein, mets-lui une chaîne.
Naturellement, l’argent est roi: il donne une femme avec une belle dot,
du crédit, des amis, il donne la noblesse, il donne la beauté; la
Persuasion et Vénus embellissent l’homme qui a des écus.
...il est certain qu’à traverser la mer, on change de pays, on ne change
pas d’âme.
Il ne fait rien celui qui a peur d’un échec.
En toute chose, la mort est la dernière limite.
...ce dont me privait ma naissance, mon mérite ma l’a donné;
...le génie blesse de son éclat les talents qui lui sont inférieurs;
Au milieu des espérances et des soucis, des craintes et des colères,
persuade-toi que chaque jour qui luit est pour toi le dernier; elles te
seront douces toutes les heures sur lesquelles tu n’auras pas compté.
• HOMÈRE ( vers IXe siècle av. J.-C.)
L’Iliade
Tu es un roi qui dévore le peuple, parce que tu règnes sur une troupe de
lâches. (Achille à Agamemnon)
...celui qui obéit aux dieux est aussi par eux pleinement écouté.
...cet homme s’emporte en des pensées funestes, et il ne sait point
aviser, considérant à la fois l’avenir et le passé...
Insensé! reste tranquille, et écoute la parole des autres, de ceux qui
valent mieux que toi. (Ulysse à Thersite)
L’âme de jeunes hommes constamment flotte en l’air. Mais quand un
vieillard intervient parmi eux, il voit, considérant à la fois l’avenir
et le passé, comment il est possible, pour l’un et l’autre parti,
d’arranger tout au mieux.
Le sang divin de la déesse, l’ichor, coula tel qu’il coule chez les
dieux bienheureux, car ils ne mangent pas de pain, ne boivent point de
vin couleur de feu, et c’est pourquoi ils n’ont pas de sang et sont dits
immortels.
Ne prétends pas aux mêmes sentiments que les dieux, car il n’y a aucune
parité entre la race des dieux immortels et celle des hommes qui
marchent sur la terre. (Apollon à Diomède)
Telle est la race des feuilles, telle est aussi celle des hommes. Pour
les feuilles, les unes sont par le vent répandues sur la terre; mais la
forêt verdoyante en fait pousser d’autres quand revient la saison du
printemps. De même pour les hommes: une génération pousse, tandis que
l’autre cesse.
...il n’est pas d’homme qui puisse éviter son destin, ni le lâche, ni le
brave, du moment qu’il est né.
Il (le dieu qui désobéirait aux ordres de Zeus) connaîtra alors de
combien je suis le plus puissant des dieux. Eh bien! dieux, tentez une
épreuve, afin que vous en soyez convaincus! Suspendez au ciel une chaîne
d’or et accrochez-vous-y, tous, dieux et déesses; vous ne parviendrez
pas à tirer du ciel sur la terre Zeus maître suprême, si grand que soit
l’effort que vous fassiez. Mais si moi-même alors je me décidais à
tirer, je tirerais avec vous et la terre et la mer. Je pourrais ensuite
attacher cette chaîne au sommet de l’Olympe, et tout resterait suspendu
dans les airs, tant je suis au-dessus des dieux et au-dessus des hommes!
Quant à lui (Zeus), il s’assit sur les cimes, tout fier de son prestige,
le regard tourné vers la ville des Troyens et les nefs achéennes.
...tu es le roi d’une foule de peuples, et Zeus t’a mis en main le
sceptre et les lois pour décider pour eux. Aussi faut-il, plus que
personne, que tu parles, que tu écoutes, et que tu tiennes compte des
suggestions d’un autre, quand son coeur l’a poussé à parler pour le
bien.Il dépendra de toi que s’accomplisse ce qu’il a proposé. (Nestor à
Agamemnon)
Hadès (au royaume des morts) seul est inflexible et indomptable, et
c’est pourquoi il est de tous les dieux celui que les mortels haïssent
le plus.
Rien (...) ne vaut la vie (...) La vie de l’homme ne se laisse pas
ramener en arrière (...) On ne la saisit plus, une fois qu’elle a
franchi la barrière des dents.(Achille)
Lorsque deux hommes vont ensemble, il arrive aussi que l’un pense pour
l’autre à ce qu’il est bon de faire. L’homme seul, même s’il réfléchit,
a la pensée trop courte et l’invention trop grêle.
La force s’affirme par l’union des hommes, même les plus faibles;
...la pensée de Zeus est toujours plus forte que celle d’un mortel. Zeus
met en fuite, même l’homme vaillant, et lui enlève aisémemt la victoire,
lors même que c’est lui qui l’incite à combattre.
...entre tous les êtres qui respirent et qui rampent sur la terre, il
n’en est pas de plus lamentable que l’homme. (Zeus)
...ah! puisse la discorde, chez les dieux et les hommes, disparaître et
périr, ainsi que la colère qui pousse à s’irriter l’homme le plus sensé,
et qui, beaucoup plus douce que des gouttes de miel, croît comme une
fumée dans le coeur des humains!
Le sot ne reconnaît que la chose accomplie.
Hélas! les dieux certainement m’appellent à mourir. (...) Voici qu’à
cette heure la mort affreuse est proche; elle n’est plus éloignée et je
suis sans refuge.(...) Aujourd’hui donc la destinée m’atteint.
Toutefois, je ne veux point périr sans effort ni sans gloire, mais après
avoir accompli un haut fait, digne d’être connu des hommes qui
viendront. (Hector)
Hélas! Il est donc vrai qu’il existe, même dans la maison d’Hadès, une
âme et un fantôme, mais sans aucune vitalité réelle.Car toute la nuit,
l’âme du malheureux Patrocle s’est tenue près de moi,gémissante et
pleurante; elle me dictait chacun de ses commandements, et ressemblait
merveilleusement à lui-même. (Achille)
(l’âme de Patrocle attend la sépulture pour cesser son errance),
L’Odyssée:
Ah! misère!... Écoutez les mortels mettre en cause les dieux! C’est de
nous, disent-ils, que leur viennent les maux, quand eux, en vérité, par
leur propre sottise, aggravent les malheurs assignés par le sort.(Zeus)
De là, nous arrivons au pays des Yeux Ronds (ou Cyclopes), brutes sans
foi ni lois (...) Chez eux, pas d’assemblée qui juge ou délibère; mais,
au haut des grands monts, au creux de sa caverne, chacun sans s’occuper
d’autrui, dicte sa loi à ses enfants et femmes.(Ulysse)
Mais, pour tous, quand la mort nous prend, voici la loi: les nerfs ne
tiennent plus ni la chair ni les os; tout cède à l’énergie de la
brûlante flamme; dès que l’âme a quitté les ossements blanchis, l’ombre
prend sa volée et s’enfuit comme un songe...
Oh! ne me farde pas la mort, mon noble Ulysse!... J’aimerais mieux,
valet de boeufs, vivre en service chez un pauvre fermier,(...) que
régner sur ces morts, sur tout ce peuple éteint! (Achille)
Notre vie est si courte! À vivre sans pitié pour soi-même et les autres,
l’homme durant sa vie ne recoît en paiement que malédictions, et, mort,
tous le méprisent. À vivre sans rigueur pour soi-même et les autres, on
se gagne un renom que l’étranger s’en va colporter par le monde, et bien
des gens alors vantent votre noblesse.
...quand la mort déjà les tenait en ses noeuds, pas un ne la voyait!
• EURIPIDE ( 480-406 )
Les Bacchantes
L’homme audacieux, à la fois puissant et habile à parler, est un citoyen
dangereux s’il n’a pas de bon sens.
Ne te flatte pas que la force ait du pouvoir sur les hommes. Quoi que tu
crois - et ta croyance n’est pas saine - ne te crois pas sensé.
Un langage sensé paraît dénué de sens à l’ignorant.
Il en coûte peu de reconnaître la puissance de la divinité, quelle
qu’elle puisse être, et les coutumes sanctionnées par la longue suite
des temps et la nature.
Je me plais (...) à vouer sans cesse ma vie au bien, (...) à rejeter les
prescriptions humaines étrangères à la justice naturelle.
Dans leurs ressentiments, les dieux ne doivent pas ressembler aux
mortels.
Les bouches sans frein, la démence sans loi, s’abîment dans l’infortune.
...tu ne sais ni ce que tu dis, ni ce que tu fais, ni même qui tu es.
Alkestis
Tous les humains sont voués à la mort, et parmi ces mortels il n’en est
pas un seul qui sache au juste s’il vivra demain; l’issue de notre
destinée, mystère; rien ne peut nous l’enseigner; il n’est aucune
science pour la surprendre.
Humains que nous sommes, il nous sied d’avoir une philosophie humaine;
car pour tous ces gens graves et sourcilleux, si l’on veut me prendre
pour juge, la vie n’est plus une vie, c’est un enfer!
Devoir mourir, comme être mort, c’est n’être plus. (...) Qui n’est plus
rien n’est plus rien.
Ce sont donc des paroles creuses, quand les vieillards souhaitent la
mort, gourmandant la vieillesse et une vie trop longue; vienne la mort
tout près, aucun ne veut plus mourir, et la vieillesse alors ne leur est
plus pesante.
Et si là-bas (chez Hadès) aussi les âmes vertueuses jouissent de quelque
privilège, puisses-tu en être comblée...
...méditant bien des leçons, je n’ai rien trouvé de plus fort que la
Destinée; contre elle il n’est point de remède (...) Elle demeure sourde
aux sacrifices. Oh! Souveraine, (...) Zeus lui-même, quoi qu’il
approuve, ne l’accomplit qu’avec ta volonté.
Héraclès furieux
Héraclès a offert (...) de purger de ses monstres la terre.
L’adversité (...) est de l’amitié la pierre de touche qui trompe le
moins.
Le malheur même se lasse; les souffles du vent n’ont pas toujours leur
violence et les favoris du sort finissent par perdre ses faveurs. Il n’y
a sur terre que des changements et des retours. L’homme le plus grand
est celui qui à l’espoir garde toujours sa confiance; désespérer est
d’un lâche.
Les hommes bien nés souffrent des hontes de leurs enfants.
...portant un arc, la plus lâche des armes, il était toujours prêt à la
fuite.
Celui qui lutte pour échapper aux maux envoyés par les dieux est
courageux, mais son courage est insensé. Ce qui doit arriver, personne
ne l’empêchera d’arriver.
O Zeus, (...) je ne suis qu’un mortel, mais en vertu je l’emporte sur
toi, qui est un dieu puissant, (...) Toi, tu as su t’introduire en
secret dans ma couche, t’emparer sans aucun droit du lit d’autrui, mais
tu ne sais pas sauver tes amis. Tu es un dieu aveugle, ou un dieu
injuste. (Propos d’Amphitryon)
La gloire de leurs nobles exploits est la parure des morts.
Le malheur, pour te le répéter, n’a pas d’amis.
En cela, les hommes sont tous pareils: ils aiment leurs enfants, les
plus puissants des mortels comme ceux qui ne sont rien.Ils différent par
les richesses: les uns en possèdent, les autres non; mais la race
humaine tout entière aime ses enfants.
Si les dieux avaient un intelligence et une sagesse en rapport avec
celle des hommes, c’est une double jeunesse qu’ils donneraient, comme
signe manifeste de leur vertu, aux gens de bien. Après leur mort, aux
rayons du soleil ils reviendraient (...); mais les hommes de basse
origine n’auraient qu’une seule vie à vivre; ainsi reconnaîtrait-on et
les méchants et les bons (...). Mais aujourd’hui nulle frontière n’est
tracée par les dieux, avec netteté, entre les honnêtes gens et les
méchants; dans sa ronde le temps exalte la seule richesse.
Ses travaux (Hercule) ont assuré une vie sans tempête aux mortels; Il a
mis fin aux terreurs causées par les monstres.
Attends-toi, faisant le mal, à subir le mal. (...). Quelle jouissance
que la mort d’un ennemi qui subit le châtiment de ses crimes.
Les dieux, les dieux ont à coeur de connaître l’injustice et la piété.
L’or et les faveurs du sort égarent la raison des mortels et entraînent
la puissance à l’injustice. Personne n’ose envisager les vicissitudes du
temps, quand il a rejeté la loi et se complaît dans l’iniquité. Il brise
dans les ténèbres le char de sa prospérité.
Quand un mortel est bien né, il supporte les coups portés par les dieux
et sait s’y résigner.
...que les dieux se plaisent à des unions sacrilèges, je ne le pense pas
(...), je ne l’ai jamais cru, comme je ne croira jamais que l’un, de par
sa nature, soit le maître d’un autre.Car Dieu, s’il est réellement Dieu,
ne connaît aucun besoin. Le reste n’est que misérable récit d’aèdes
(poètes). (propos d’Héraclès)
Celui qui préfère la richesse ou la puissance à des amis sûrs n’a pas
son bon sens.
Les Phéniciennes
Tu dois, Zeus, si tu es sage, ne pas permettre que le même mortel sans
cesse soit frappé par le destin.
Dialogue entre Jocaste et Polynice:
- Quelle est la chose la plus pénible pour les exilés?
- La pire de toutes? L’exil exclut la liberté de parler.
- C’est le sort d’un esclave, cela, de ne pouvoir dire ce qu’on pense.
- Il faut subir les inepties des puissants.
- Oui, c’est pénible que de déraisonner avec qui n’a plus sa raison.
- Mais dans son intérêt, il faut, contre sa nature, se comporter en
esclave.
Leur patrie, je le vois bien, est le bien le plus cher aux humains.
Polynice: «...les richesses sont le bien que les hommes honorent le plus
et rien au monde n’a une puissance plus grande; ce sont elles que je
poursuis en venant ici avec d’innombrables lances; car, pauvre, le noble
n’est rien.»
Simple est naturellement le langage de la vérité et la justice n’a pas
besoin d’explications subtiles. Elle possède en elle-même sa force; au
lieu que l’injustice, malade en soi, réclame des remèdes, les sophismes.
Étéocle: «S’il faut violer le justice, c’est pour régner qu’il est le
plus beau d’être injuste: en tout le reste on doit observer la piété.»
...de belles paroles ne conviennent pas à des actes malhonnêtes;
Jocaste: «...tout n’est pas misère dans la vieillesse: l’expérience sait
parler avec plus de sagesse que la jeunesse. Pourquoi t’abandonnes-tu,
mon fils, à la plus funeste des divinités, à l’ambition? (...) C’est
elle qui te rend insensé.»
Il vaut mieux honorer l’égalité qui unit étroitement les amis aux amis,
les cités aux cités, les alliés aux alliés. L’égalité est pour les
hommes une loi de la nature. Le supérieur se fait toujours un ennemi de
l’inférieur, qui prépare le jour de la revanche.
Qu’est-ce que la supériorité des biens? Un nom, rien de plus. Le
nécessaire suffit aux vrais sages. Non, leurs richesse, les humains ne
les possèdent pas en propre: elles sont aux dieux; nous les avons en
dépôt; quand ils le désirent, ils nous les reprennent. La fortune n’est
pas stable, mais éphémère.
Deux folies entrent-elles en conflit, c’est le plus terrible des fléaux.
...audace et prudence ne valent rien l’une sans l’autre.
...ce qui n’est pas honnête en son essence ne deviendra jamais honnête.
Si chacun, assumant la tâche dont il est capable, faisait tout le bien
possible et contribuait au bonheur de la patrie, les cités éprouveraient
moins de malheurs et pour l'avenir seraient prospères.
...une mort commune les a désignés pour une éternité de ténèbres.
Créon: « Comment? N'est-il pas juste d'obéir aux ordres qu'on a reçus?»
Antigone:« Non, s'ils sont impies et contraires au droit.»
La Justice ne voit pas les méchants et ne punit pas les erreurs
criminelles des mortels.
Iphigénie à Aulis
...j'envie parmi les hommes quiconque sans péril mena jusqu'au terme une
existence anonyme et obscure. À ceux qui sont aux honneurs je porte
moins d'envie!
Ah! Parmi les mortels, d'heureux jusqu'au terme, il n'en est pas, ni de
favorisé des dieux; à la souffrance nulle créature encore n'a pu se
dérober.
Loin de moi la sottise de choisir un chef politique ou militaire pour sa
naissance! Pour commander l'armée d'une cité, c'est la raison qui est
nécessaire; et tout homme y est bon, s'il a l'intelligence!
Toute cette engeance des devins, rongée d'ambition, est une plaie.
C'est une grande chose que de s'attacher à la vertu; (...) elle devient
chez les hommes cette discipline collective par où s'accroît en grandeur
la cité.
Ah! les puissants, environnés de pompe, pour les pauvres gens sont des
dieux.
Un devin, qu'est-ce? Un homme qui mêle à beaucoup de mensonges quelques
vérités, quand il a de la chance! Et lorqu'il ne tombe pas juste, la
chose sombre dans l'indifférence.
...je n'étais pas un dieu, mais je le deviendrai! (Achille)
...à s'entendre louer, les gens de coeur, en un sens, prennent en grippe
le donneur d'éloges, si l'éloge est hyperbolique.
...ne nous exposons pas aux critiques de l'ignorance;
Pudeur, image de la Vertu, vous n'avez donc plus de force, puisque
l'impiété est toute-puissante, puisque les hommes, dédaigneux du bien,
s'en détournent, puisque l'anarchie triomphe des lois, et que les
mortels cessent d'unir leurs efforts pour éviter d'attirer sur leurs
têtes le courroux divin?
...aux Enfers, il n'est plus de joie; insensé qui souhaite de mourir!
Une misérable vie vaut mieux qu'une belle mort!
Terrible est pour moi d'oser ce que j'ose; terrible aussi de ne le point
oser. Que dois-je faire, enfin? (Agamemnon)
La multitude, cruel fléau!
La vie d'un seul homme sous le soleil est plus précieuse que celle de
milliers de femmes. (Iphigénie)
En renonçant à lutter contre les dieux, qui te dominent, tu as su
hausser la nécessité jusqu'à devenir vertu.
Certes, impénétrables aux mortels sont les desseins des dieux; ceux qui
leur sont chers, ils les sauvent
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